Si l’on nous avait prédit que nous en viendrions, nous les non-communiants, non-croyants, universalistes et fervents de la philosophie des lumières, à préférer le pape au président des États-Unis, qui l’aurait pu croire ? Moi ! Parce qu’entre l’envoyé spécial de Jésus de Nazareth et le Diable du capitalisme, il n’y a jamais eu photo ! Je vois bien quelques camarades gauchos-révolutionnaires et Insoumis me tomber dessus et me morigéner en m’invitant à rejeter les deux. Je n’en ferai rien et je m’explique.
A 12 ans j’ai refusé de faire ma communion solennelle alors que j’avais pourtant grandi dans un environnement catholique. Notez bien qu’il y avait peu de gamins, en ce temps-là, capables de s’opposer aux usages familiaux, aux conventions de la société d’alors. Le curé s’était pourtant bien comporté à mon égard, mais leur histoire de Trinité, d'Assomption, de Résurection... ne tenant décidément pas debout, je me refusais formellement à faire semblant. Je sais pas vous, mais je n’ai jamais fait semblant - si ce n’est pour éviter de faire de la peine- et c’est la raison pour laquelle : 1) je me suis refusé à faire de la politique, 2) je ne passe pas forcément bien avec tout le monde. Depuis, vous imaginez bien que mon éveil culturel aidant, des croisades à la rigidité de l’Eglise sur les questions de mœurs et notamment le refus aveugle de l’avortement, en passant par l’Inquisition, la Saint-Barthélemy, la haine de la Révolution, l’évangélisation forcée en Afrique et la pédophilie quasi-institutionnelle, mon rejet de la religion n’a fait que se conforter. La chrétienté m’était tombée dessus, vous imaginez bien que si cela avait été l’islam ou le judaïsme, c’eut été pareil. Je ne me prononcerai pas aussi formellement quant à l’animisme, le bouddhisme ou le taoïsme qui sont des manières de penser et d’être, plutôt que de croire et de s’imposer.
Ceci étant posé, ainsi que de lourdes réserves quant aux positions de Pie XII qui compromirent l’Église avec le nazisme, la persécution des communistes, des franc-maçons et bien entendu des juifs, vous aurez compris que je n’éprouve pas à son égard de sévères rancoeurs, moins encore de franche hostilité. Il y a, pour ma part, tout un contexte familial qui m’a amené à côtoyer d’assez près des catholiques bon teint. Dans leur majorité des gens ouverts, tolérants, agréables, toujours dans l’écoute et la compassion. Je ne dis pas la totalité, je dis pas tous avec la même sincérité, mais suffisamment pour me les rendre globalement sympathiques. Et puis, en élargissant la focale, nous le mesurons intensément à présent, mais c’est flagrant depuis le ministère de François, la papauté semble avoir pris un tournant, je n’ose écrire progressiste - faut pas charier - mais résolument humaniste dès lors qu’elle s’adresse aux pauvres, aux persécutés, aux déclassés, aux immigrés, aux génocidés. Si vous aimez-mieux, le catholicisme c’est devenu un peu l’exact opposé du macronisme. Mais également et ce n’est pas le moindre des paradoxes - au moins aux yeux de ceux qui suivent ça de loin - antinomique d’une droite que l’on disait jadis modérée et qui s’est laissée entraîner, autant par calcul que par idéologie, vers une pente néo-fasciste extraordinairement préoccupante. Écocidaire, égoïste, raciste. Bolloré à visage découvert, Stérin de manière insidieuse mais furieuse, ont adopté la position du missionnaire consistant à recruter chez les bourgeois centristes, adeptes des troisièmes mi-temps de rugby, des banquets tonitruants, du cochon de lait et des tournois seigneuriaux du Puy-du-Fou, de nouvelles troupes prêtes à en découdre aussi bien avec les descendants des sarrazins - qui auraient la ferme intention de nous "remplacer" ! - que les terribles wokistes impies. En sorte que l’on retrouve dans les églises, autour des Bardella, Retailleau, Wauquiez et autres enfants de chœur et filles de Némésis, celles et ceux qui, par leurs actes et l’impureté de leurs âmes, sont les plus éloignés de Dieu.
C’est de cela, cet embrouillamini confessionnel et spirituel, que Léon XIV doit se dépatouiller. Je doute que les manœuvres perfides et nauséabondes des réactionnaires français le préoccupent beaucoup. Il a bien mieux à faire avec Trump. Avec Trump, rien ne va ! Ou plus exactement, comme il l’a lui-même décrété, "cela va trop loin" ! Bien que natif du même sol, tout destinait les deux hommes à s’affronter. L’un est le descendant intemporel de Rockefeller et a bâti son empire - avec l’aide de papa - sur la spéculation immobilière, la capitalisation et l’accaparement au profit des plus fortunés, l’autre se prévaut de Saint-Augustin - natif d’Afrique du nord - et consacra sa vie de prélat à loger et nourrir ceux que l’autre jeté à la rue. Et tandis que l’un chasse les immigrés avec la ferveur d’un cowboy dégénéré du midlewest, qu’il participe au génocide en Palestine, anéantit les peuples du Moyen-Orient et tout espoir de concorde où que ce soit dans le monde, l’autre prie avec les peuples opprimés, ceux pourchassés par l’ICE à l’intérieur des États-Unis, ceux massacrés à Gaza, en Iran, au Liban.
Trump dont la seule religion probable et profonde est l’argent, Trump dont les perversions sexuelles étaient déjà sues avant que l’affaire Epstein et une débauche hallucinante, possiblement à caractère pédophile, ne soient révélées, a donné à sa présidence un caractère quai-messianique. On le voit dans son bureau ovale entouré de zozos évangélistes prier ardemment alors que même les catholiques américains lui accordaient, jusque-là, leur charitable soutien. Pas sûr que les paroles adressés à Léon XIV, ressortissant américain, que l’on pourrait résumer ainsi : « Ferme-là abruti ! » les conforte dans cet égarement, voire ce renoncement moral. Faut dire que le pape en avait fait un portrait fidèle et admirable en clamant à son intention : « Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! »
On peut donc pronostiquer que ces deux-là ne partiront pas en vacances ensemble à Dubaï ou sur la future riviera de Gaza. Or donc, si on ne sait pas qui est Dieu - les sages vous diront qu’il est à l’intérieur de chacun de nous, ce qui ne manque pas de le rendre infiniment schizophrène - ce qui est sûr, c’est que Jésus n’était pas de droite ! D'aucuns vont jusqu'à prétendre qu'il était même Insoumis... |
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