Depuis le 6 novembre 2025 je ne suis plus tout à fait le même. Un brèche s’est ouverte en moi, comme une flèche dans le cœur, l’injection d’un poison ravageur. Elle ne se refermera plus ! Voici longtemps que je n’étais plus dupe des failles de la justice, de ses lacunes, de ses faiblesses. Mais en aucun cas je n’aurais imaginé qu’elle puisse, de la sorte, dériver, dérailler, défaillir. Et qu’en conséquence un sentiment de trahison, d’abandon, de panique m’envahirait ainsi.
Je suis un passionné, engagé jusqu’au plus profond de mes convictions humanistes, internationalistes, universalistes, collectivistes. Mais je crois avant tout pouvoir me définir comme un honnête homme. Cela ne consiste pas chez moi, à porter une cravate ni de beaux habits, à laver ma voiture, à sourire à n’importe qui, à me soumettre aux puissants, ni à dire oui, forcément, à n’importe qui. Pas politiquement correct, d'accord ! Mais, l’intégrité, cela me semble même élémentaire, consiste à respecter la vérité, la justice, la liberté de chacun et je me permettrais de placer un peu au-dessus des autres, la fraternité. Ceci posé - et ce ne sera pas superflu -, j’en reviens aux causes de cette blessure, toujours à vif. Elle date donc de cinq mois environ et d’un procès qui relaxa Raphaël Enthoven pour des propos tenus sur un réseau social (X) - dont l’appartenance à Elon Musk en dit déjà suffisamment long - : « La France Insoumise - écrit le type - est un mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite, et dirigé par un haut-parleur que personne n’a élu. Leurs manières déshonorent l’Assemblée, leurs méthodes dégradent le débat. Ils nous font honte tous les jours par leurs outrances, leurs fake news, leurs gifles, leurs mains au cul, leurs trolls antisémites, leurs comportements totalitaires. Et ils sont tellement cons qu’il n’est même pas nécessaire de les corrompre pour qu’ils reprennent à la lettre le narratif du Hamas ou de Poutine. On n’en peut plus, de ce club de déficients qui, après avoir tenté de faire entrer des islamistes à l’Assemblée, tentent de faire entrer le Hamas au Parlement Européen. » Je ne sais pas si, dans ses pires colères un dément schyzophrène pourrait amonceler autant de poncifs injurieux, de grossièreté infamantes, d’outrances diffamantes, de haine dégoulinante. Aussitôt, nous fûmes des milliers, sidérés et quelque peu humiliés, à réclamer que le mouvement de Mélenchon porte plainte. En son nom évidemment, mais par procuration en celui de tous ceux qui recevaient ces mots avec la violence et la portée de tirs à balles réelles.
La plainte escomptée fut effectivement déposée par LFI, mais ce qui n’était pas prévu, c’est le jugement rendu à l’issue du procès tenu le 23 septembre 2025. Un mois et demi plus tard donc, les magistrats de la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris n'ont eu aucun scrupule à prononcer la relaxe du polémiste Raphaël Enthoven, estimant que ces propos « relèvent de façon manifeste du domaine de la polémique politique ». Je n’irais pas plus loin, tant ces propos salissent à eux seuls, son auteur - et ceux qui, tels Malka, Glucksmann et hélas beaucoup d’autres, s’en sont délectés -. A la place de ce philosophe ( il a dû faire un malheur parmi ses pairs prônant la sagesse et le savoir ! ) je n’oserais même plus avaler ma salive de peur de m’empoisonner ! Je n’irais pas plus loin, disais-je, avec cet individu, mais vous propose d’imaginer ce qu’auraient conclu les mêmes magistrats si un membre de la France Insoumise - sans même parler de son leader - avait tenu de tels propos à destination de n’importe quel personnage public ! Et voyez, le lynchage dont l’humoriste Guillaume Meurice fit l’objet avec sa blague « Netanyahou, un nazi sans prépuce » qui lui valu d’être virer par France Inter alors que l’on cherche désespérément ce qui n’est pas drôle, voire même ce qui est faux.
Samedi, je vous prévenais qu’après la chronique évoquant les risques avérés d’un retour du fascisme dans les pas et les circonstances des années trente en Allemagne, celle-ci serait du même acabit, d’une intensité et d’une gravité similaires. Sans doute parce que loin d’être sans relation, les deux phénomènes - le nazisme et l’instrumentalisation de l’antisémitisme - se trouvent étonnament consubstanciel. Gaza ! Il suffit de prononcer le nom de ce petit bout de terre palestinienne dévastée pour tout comprendre : d’Enthoven, au harcèlement systématique, voire à la judiciarisation des soutiens au peuple génocidé et à la libération de la Palestine ou encore au nom respect par l’État Français des mandats d'arrêt contre deux hauts responsables israéliens, Benjamin Netanyahou, le Premier ministre et Yoav Gallant, l'ancien ministre de la Défense d'Israël, par la Cours Pénale Internationale (CPI). L’attaque par un commando du Hamas sur le territoire israélien le 7 octobre, faisant 1200 victimes, fut le prétexte - et d’aucuns proposent qu’elle fut même orchestrée - à l’anéantissement de cette bande de terre entre le Sinaï et la Méditerranée. Dès le lendemain de l’assaut meurtrier du Hamas et depuis lors, Israël pilonne, assiège, affame, extermine les civils palestiniens. Plus de soixante-dix-mille ont été tués selon des chiffres officiels, lesquels ne tiennent pas compte d’un nombre équivalent de disparus. Tous les hôpitaux, les écoles ont été rasés, deux à trois cents journalistes locaux ont été éliminés, des milliers de soignants et de bénévoles assassinés.
C’est à dire que pour se venger de quelques centaines d’assaillants ayant tué mille deux cents des leurs, les Israéliens ont liquidé un peuple civil, non sans le priver de nourriture et d’eau. Depuis le cessez-le-feu théorique, les crimes se poursuivent, mais surtout la famine et les maladies ravagent tout. Ceci sous les yeux hilares de Netanyahu et Trump (mais n’oublions pas la complicité initiale de Biden et des démocrates américains), lesquels ont déjà en tête une Riviéra du Moyen-Orient où des touristes du monde entier viendrait joyeusement patauger sur le sang et le martyre d’un peuple qui ne demandait qu’à vivre chez lui, en paix et en respect. Voici comment, suivant une subtile inversion des valeurs - enfin subtile, c’est vous qui le dites !- ceux qui comme moi, comme vous je l’espère et des millions de gens sur terre, défendent le peuple palestinien déplacé, expulsé, humillié, persécuté, exécuté depuis 1948, sont devenus des antisémites ! Voici comment à longueur d'antenne, on demande aux défenseurs des droits humains : "est-ce que vous condamnez le Hamas ?" tandis que jamais la même question n'est posée concernant le génocide assumé par Israël.
Deux lobbies considérables sévissent en France pour ne parler que de chez nous, mais ils sont aussi redoutables en Europe, aux États-Unis et bien au-delà. Chez nous donc, il y a le CRIF qui circonvient toute la classe politique - à la grande exception des forces progressistes de gauche radicale - invitée à ses conférences et repas. Sarkozy en était un pilier, Dati dans ses talonnettes, Valls, Edouard Philippe, Bayrou, Blanquer, Lecornu - on ne les citera pas tous il faudrait trois pages - paradant dans cet aréopage clanique et sectaire où se montent du col philosophes intrigants et artistes complaisants. Depuis quarante ans, le Conseil représentatif des institutions juives use d’influence et de sentence, tout en accumulant des sommes considérables telles que celles du seul repas monnayé à 900 euros, dont 800 vont dans ses poches. Pire que le CRIF, bien pire même s'il existe des passerelles, voici Elnet. Il s’agit d’un groupe de pression à forte coloration sioniste et fortement islamophobe. Sa présence, dès la première campagne présidentielle de Macron, est documentée par la chaîne d’investigation Blast et l’on retrouve en diverse circonstances, conférences et meeting, toujours les mêmes, de Valls à Retailleau, en passant par Bellamy, les journalistes Christophe Barbier, Laurence Ferrari, Rachel Khan, Sonia Mabrouk, nos « amis » BHL, Enthoven, Onfray, ceux du Printemps Républicains, Franc Tireur, Front Populaire, les proches du milliardaire catholique intégriste Pierre-Edouard Stérin et tout ce qui s’ensuit. Et c’est le même Elnet qui offre à tour de bras des voyages gratos en Israël à nos chers parlementaires. Parmi les heureux invités (une bonne centaine d’après Blast) les noms de Yaël Braun-Pivet, Aurore Bergé, Annie Genevard ne surprendront personne, sans oublier l’inénarrable Caroline Yadan, celle qui nous concocte sa loi aux petits oignons, interdisant toute critique à l’égard d’Israël qui serait assimilé à de l’antisémistisme et devrait donc me valoir prochainement, la garde à vue, la prison et peut-être - suivant les vœux de l’État sioniste -, la pendaison ! Quant à Jean-Noël Barrot, je ne sais combien de points il compte dans ces organisations, mais on ne l’imagine pas loin de tout ça, lorsque ce mini, sinistre des Affaires Étrangères se permet de reprendre de fausses informations devant l’Assemblée Nationale et demande à ce que Francesca Albanese soit démise de ses fonctions à l’Organisation des Nations-Unis, pour des propos qu’elle n’a jamais prononcé et selon lesquels elle aurait visé Israël « en tant que peuple et nation ».
Sous le prétexte de se défendre, Israël hégémonique « sûr de lui et dominateur » comme l’avait identifié le général de Gaulle, rase Gaza, annexe la Cisjordanie, envahi le sud-Liban et bombarde l’Iran. Israël prétend se défendre, mais attaque et massacre tout ce qui l’entoure. Et lorsque, partout dans le monde comme en France on défend cela, lorsqu’on se range du côté d’un peuple opprimé, de pays assaillis, nous voici tous devenus antisémites. Mélenchon bien sûr, mais aussi de Villepin et même l’Union juive française pour la paix, puisqu’elle combat le gouvernement extrême-droitier d’Israël. Lorsqu’une personne, un groupe, un organisme est jugé et condamné pour antisémitisme, cela est normal, nécessaire et sain. Toute forme de racisme, d’ostracisme doit être combattu sans réserve et ce d’autant plus lorsque cela vise des gens dont les familles, les parents ont eu à subir la pire des humiliations, la plus grande entreprise criminelle du XXe siècle. Dans l’histoire de l’humanité, il n’est pas exagéré de dire qu’il y a eu un avant et un après haulocoste.
De nos jours, la chasse aux étrangers, musulmans de préférence, est très comparable à celle que subirent les juifs en Europe jusqu’à la chute des régimes nazis et pétainistes. Elle était plus insidieuse concernant les victimes de la Shoah, plus sournoise, moins avouée, voire revendiquée, même si, à son apogée, on exigeait que les malheureux portent l’étoile jaune. Il ne serait pas utile d’imposer au nouveau paria de la société occidentale le port d’une étoile verte ou rouge puisque, c’est bien commode, il se repère aisément s’il est arabe et a fortiori noir ! Je vous accorde qu’il existe une autre différence - qui ne se situe pas au niveau du prépuce puisqu’ils en sont tous deux privés dès leur enfance et sans leur consentement ! -. La blague de Meurice sur Netanyahou « nazi sans prépuce » est mal passée parce que les milieux concerné ont habilement attiré l’attention sur cette petite extraction physique plutôt que de reconnaître que l’individu en question se comportait effectivement comme un nazi. A rapprocher du procès infâme et ridicule - un parmi tant d’autres mais on y reviendra prochainement - instruit contre Mélenchon lorsqu’il indiquait qu’il fallait désormais prononcer Epstein comme Poutine. Changement de prononciation subit et dérisoire, qui semblait indiquer qu’elle était le sujet principal, alors qu’il s’agissait là du plus grand pédocriminel, proxénète, trafiquant en tous genres de tous les temps. Cette semaine encore une chronique de l'humoriste Julie Conti évoquant les musulmans a déclenché l'ire de France Inter qui l'a immédiatement éjectée !
L’essentialisation de la judaïté est une escroquerie de bas-étage, une monstruosité même, visant à créer de la confusion dans les esprits les plus vulnérables, une diversion minable. Ce au moment où, aussi bien en France par la stigmatisation humiliante dont il font l’objet, qu’au Moyen-Orient où ils sont massacrés, victimes d’un génocide dont il faut redire inlassablement le nom, d’un apartheid et d’une épuration ethnique partout ailleurs en Palestine, au Liban et en Iran, les musulmans sont ostracisés, rejetés, désespérés. La diversion est monstrueuse et ce qui suscite notre colère c’est qu’elle puisse connaître un fort impact dans certaines couches de la société, la haute-bourgeoisie, la ruralité et le petit peuple, spécifiquement. Une majorité de nos compatriotes ne sont peut-être plus dupes de cette grossière manipulation, mais quand même ! Que de dégâts sur certains esprits pervers ou fragiles ! Imaginez que les Le Pen, Bardella, Zemmour et compagnie, surfent sur cette vague de procès en antisémitisme, alors qu’ils sont les héritiers d’un parti fondé par des membres d’Ordre Nouveau, anciens de la Waffen SS, tortionnaires d’Algérie : Pierre Bousquet, Roland Gaucher, Léon Gaultier et le papa, Jean-Marie. Pas l’ombre d’une conscience, d’une morale chez ces gens qui, s’ils accédaient au pouvoir (et la Macronie, Franc Tireur, le Printemps Républicain font vraiment tout pour cela !) feraient un mal terrible à cette France, Ma France, celle de Ferrat, Jean Tenembaum dont le papa portant l’étoile jaune fut dénoncé, déporté à Auschwitz et assassiné au nom de la solution finale.
On accuse aujourd’hui Mélenchon qui est exactement l’inverse d’un antisémite, Rima Hasan qui défend les siens avec un courage et une dignité dont ses détracteurs devraient s’inspirer, on conspue à des fins électorales François Piquemal, Insoumis de Toulouse mais aussi ancien professeur d'histoire, qui a reçu un prix pour son enseignement de la Shoah en 2016. On répand le poison de la calomnie et de la perfidie et pendant ce temps les multiples condamnations de Zemmour et le Pen, la présence au RN du maire de Six-Fours Frédéric Boccaletti qui tenait une librairie antisémite et révisionniste, les dizaines de signalement d’élus et de candidats ayant tenus ou écrit des propos de la même nature - qualifiés en interne de brebis galeuses -, sont quantifiés pour négligeables. Avec un culot et un cynisme effarants, ils marchent contre l’antisémitisme et désignent, à leur place, l’extrême-gauche qui n’a jamais fait l’objet de la moindre accusation formelle ou démontrée et moins encore évidemment de condamnation. Il me revient pour finir les propos hallucinants d’Arno Klarsfeld, dont les parents ont mené durant un demi-siècle une chasse inlassable et admirable aux tortionnaires nazis planqués de par le monde. Cet avocat, il est vrai fort étrange et inquiétant depuis le départ, approuvant en direct sur une chaîne de télévision en continu, la création d’Ice et la politique de Trump, ajoutait qu’il serait bien que soient organisées en France de grande rafles pour expulser les étrangers en situation irrégulière. Des rafles comme au temps du Vel d'Hiv, c’est ça, Arno ?
Voilà. La boucle est bouclée et la démonstration est faite. C’est le grand remplacement de l’antisémitisme par l’islamophobie. Et comme on disait dans nos cours d’école, c’est celui qui dit qui est !
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SIgnez contre la loi Yadan Ce projet de loi, porté par Caroline Yadan, prétend lutter contre de nouvelles formes d'antisémitisme. Cependant, lorsque l'on lit l'exposé des motifs, on remarque un amalgame entre l'antisémitisme et la critique d'Israël (antisionisme). On peut lire par exemple : "Cette haine de l’État d’Israël est aujourd’hui consubstantielle à la haine des Juifs. L’appel à la destruction de cet État, parce qu’il forme un collectif de citoyens juifs, est une manière détournée de s’attaquer à la communauté juive dans son ensemble." LIRE LA SUITE sur la page de pétition https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5158 |