De base - j’adore cette expression courante dans la jeunesse, que me resservent à l’envi mes petites-filles. De ce point de vue-là, je ne suis pas comme mon père qui détestait que l’on tergiverse et transige avec le français… de base - ; de base écrivais-je, la politique dite politicienne ne me passionnait pas. N’étant ni socialiste, ni même démocrate ou républicain - ces mots tellement galvaudés que cela devrait valoir procès - je suis suffisamment pur et sincère pour ne jamais me livrer à ces bas calculs de boutiquiers, quand le seul idéal qui vaille est la place, la "réussite" comme ils disent, le pognon et ce, toujours, au prix de compromis, c’est-à-dire de saloperies. Ceux qui pratiquent ce jeu-là, je viens de l’évoquer sont des salauds et composent l’essentiel de la classe politique.
Par deux fois pourtant, j’avais ostensiblement marqué ma préférence et même pourquoi m’en défendre (?), milité. Mon gaullisme natif m’avait, à 18 ans, porté à soutenir Chirac et si j’étais hier à Clermont parmi plus de dix mille camarades, je me trouvais en décembre 1976, porte de Versailles, pour la création du RPR parmi cinquante mille militants tout aussi ardents, convaincus. Jeunes et résolus. Il me fallut à peine plus de deux ans pour vomir ce parti et me repentir d’avoir cru à un retour du gaullisme, alors que la seule chose qui revenait et me heurtait en plein gueule, c’était les crimes, les barbouzeries du SAC, de Pasqua et bientôt du petit Sarkozy… C’est vous dire à quel point je m'en bats fort la coulpe.
La seconde, c’était en 1981. Là, je n’avais jamais ni collé d’affiche, ni même décollé dans ma passion pour Mitterrand. Dans ma famille on détestait ce personnage de roman, cahotant de la droite antisémite à la gauche radicale ; maman qui avait le sens de la formule, l'appelait la mite errante ! Pour autant, je m’étais, disons, laissé bercer par la vague rose et cette idée qui ne m’a plus jamais quitté qu’il fallait changer la vie et remettre l’humain au centre de toutes les préoccupations. En résumé et là encore, je n’ai pas bougé d’un iota, je détestais l’argent. Celui que quelques-uns ont en trop et celui que presque tous les autres n’ont pas ! Non seulement Mitterrand, au passé si sombre et à l’avenir pas bien plus clair, tenait un discours lyrique très semblable à celui que je voulais entendre, mais il embarquait avec lui les communistes qui étaient, sans que je le conscientise encore, ceux dont je me trouvais organiquement le plus proche. Et puis Barbara ! Souviens-toi ! Le 28 octobre de l’année bénie, sous un chapiteau à Pantin, elle se met au piano et crée cette chanson *, écrite dans la nuit du 10 mai précédant : « Regarde : On en a tellement rêvé que, sur les mur bétonnés, poussent des fleurs de papier. Et l'homme, une rose à la main, étoile à son destin, continue son chemin. Seul, il est devenu des milliers qui marchent, émerveillés dans la lumière éclatée... » Je n’ai été amoureux que de ma femme et de nos enfants - un peu de ma mère aussi comme tout fils de bonne famille - mais Bon Dieu ! qu’est-ce que j’ai aimé fort cette femme à ce moment précis, l’osmose qu’elle suscita avec ma propre sensibilité, cette profondeur de sentiments, cette voix déchirante dans l'absolu de la nuit, ce vibrato subtil, ce rayonnement et c’était comme si sur ces images que je n’ai jamais vu qu’à la télé, elle révélait enfin le charisme, ou au moins le relevait encore. Je ne me suis jamais guéri de la longue dame brune, mais de Mitterrand oui ! Et des socialistes avec ! Le discours révolutionnaire de Louis Mermaz et Paul Quilès à Valence où l’on demandait la tête des capitalistes fut jeté aux ordures et Fabius, Delors, Rocard, tous les tordus de Solférino, allèrent à la soupe néo-libérale, envoyant par le fond l’idée même d’un changement de société. Et si vous trouvez Valleau laid, soyez indulgents, c’est l’enfant consanguin de Strauss-Kahn, Hollande et Valls !
Lorsque je me suis dépolitisé, j’imaginais que c’était définitif et que rien ni personne ne me ferait jamais plus passer un messie pour une lumière. Rejetant toute forme d’opportunisme, de compromis, d’arrangements et de trahison, il aurait fallu que je me lance en politique pour faire valoir ces utopies, avant d'aller, derechef, de désillusions en dépression. J’en viens au fait, en concédant aisément que je n’avais quasiment prêté aucun cas à Mélenchon durant le plus long de sa carrière. Loin, très loin déjà de la télé et des débats où l’absence de Georges Marchais me semblait rhédibitoire, je ne me souvenais même pas qu’il avait combattu cette Europe de merde alignée sur les maîtres du monde, les USA et l’OTAN, pas plus qu’il n’avait créé le Front de gauche, une portant sacré bonne idée ! J’ai voté pour Poutou puis Hamon et pour ce dernier, je m’en suis mordu les noix. Benoit n’était pas un mauvais bougre puisqu’il avait quitté Hollande et combattu Macron, humain jusqu'au bout des ongles mais il n’était pas à la maille ! Je crois que nous sommes des centaines de milliers à avoir déconné ! En 2017 nous pouvions envoyer Méluche à l’Elysée et nous épargner 10 ans d’enfer. Vous êtes bien d’accord que c’est le mot ! Qu’il n’en existe aucun autre !
Alors le jour même où le Parti Socialiste, déjà infesté de traîtres sans moelle, plantait le dernier clou sur son cercueil, je retrouvais des émotions de jeunesse. Et, est-ce bien le hasard (?), elle était là autour de moi, la jeunesse. Elle me revenait et m’emportait. Me prenait dans ses bras et me disait : « Viens Jaco, cette fois tu ne te trompes pas !». J'ai levé le poing, chanté l'Internationale, pour la première fois en public et rejoint mon grand-père sur le Front Populaire. Je le connais Méluche, je l'ai, depuis, écouté des centaines d’heures. Je sais ce qu’il a dans le ventre. Et putain, c’est fort ! Je ne sais pas si vous vous posez la question de savoir pourquoi sur tous les plateaux où ils se font découper en rondelles, les intervenants Insoumis dominent les débats par leur connaissance des dossiers et la maîtrise de leurs propos ! C'est bien simple. Ils sont entraînés et sublimés par ce leader qui galvanise et irradie. À Clermont, au milieu d'une majorité de gamins et d'une belle proportion de très anciens jeunes, c’était comme si je le redécouvrais ! Marchant sur l’eau sans mâcher ses mots, enchaînant un texte d’une précision et parfois d’une beauté qui fit dire à l’un des influenceurs entendu ce matin, qu’il faisait penser à Victor Hugo. Révélation ! C’était clair par la dimension messianique du propos, mais cela m’a aussi été révélé par la virtuosité qui l'exprimait.
Je ne sais pas si, à 76 ans, Mélenchon triomphera, sur le fil de sa vie, au prix d’une longue, longue marche. Ses plus proches partisans lui ont trouvé comme mascotte la tortue. Bien vu ! D’autant qu’il lui faut, au-delà de l’endurance et de la persévérance, une sacrée carapace ! En tout cas, il m’aura redonné le goût de la politique telle que je l’entendais et la découvre enfin ! Penaud et contrit que cela vienne si tard. Aussi, quelle tristesse et quel dégoût si, face aux formes hideuses d’un fascisme galopant, revenant sur nos talons et aux insignifiants rebuts de la macronie, chancre putride allant des pas grand-chose aux moins que rien, notre héraut doit échouer une quatrième fois ! Toutes les forces de l’argent, tous les égoïstes et racistes, coordonnés et complices, vont s’y employer en se déchaînant, en meute avide de calomnies et autre perfidies, contre lui. On s’y attend, nous sommes prêts ! Âmes libres et joyeuses. |