Je crois finalement que l’idéal du plus grand nombre est totalement assujetti à ses propres intérêts. Ce qui, autrement posé, signifie que les gens ne s’embar-rassent pas d’idéaux. Oui parce que le fait de disposer d’assez d’argent pour vivre, puis pour posséder, puis pour accumuler, ce n’est pas un idéal, ce n’est pas même vivre, sinon par intérêt. Qui dit intérêt, dit égoïsme et la boucle est ainsi bouclée. Voilà pourquoi il semble si compliqué, je voudrais ne pas dire impossible, de changer l’ordre financier, économique et social parce que les gens ne pensent qu’à leur gueule et, pour ceux qui sont plus soucieux de leur ligne que de ce qu’il mange, à leur nombril. Pour que le mouvement s’inverse il faudrait que ceux qui ne sont pas grand-chose, mais s’en contentent, ne deviennent subitement plus rien. Que leur bas de laine s’assèche et que leur avenir radieux autant que médiocre, ce restaurant mensuel, ce nouveau portable, ce voyage en Thaïlande s’éloigne pour cause d’inflation, de récession, de chômage. Une partie, on dira à Carcassonne, détournerait son regard furieux vers le voisin, l’étranger, le profiteur. Lui montrerait les dents. Mais une autre, tendrait une oreille plus attentive au discours qu’elle tenait jusque-là en grande indifférence. Discours de bienveillance, de partage, de redistribution. Révolution citoyenne, au nom de la jeunesse, je vais y venir un peu plus loin.
J’ai l’air de tomber de la lune en écrivant cela, en le réitérant et c’est un peu ça en vérité. L’âge vient, les événements m’accablent, les preuves me harcèlent et je ne l’accepte toujours pas en tant que fatalité. Alors ce n’est ni de l’angélisme ni de l’aveuglement. J’ai vu, entendu et parfois même échangé - en faisant en sorte que cela soit bref - avec des gens ayant sombré dans le racisme, l’écocide et à l’égoïsme. Certains m’ont même déçu car, après tout, ils ne me semblaient pas si bêtes, parfois paraissaient-ils même éduqués et en tout cas pas si méchants. Il y a peu, lors d’un enterrement - le dernier lieu où je côtoie encore mes semblables, en tant que vivant s’entend - je discutais pour la première fois avec une voisine que je me contentais de saluer de loin jusqu’ici. J’aurais dû en rester là ! Je ne sais comment, au détour de la deuxième phrase, elle parvint à prononcer ces mots magiques : «... avec tous ces bougnoules ! » Il fut un temps où, rétif à toute forme de conflit, je me serais empressé de changer de conversation, puis de me retirer au plus vite ! Bon, elle est mal tombée, la voisine, j’étais déjà un peu sur les nerfs. Je lui ai demandé si elle en voyait beaucoup dans le coin (village de six cents habitants entièrement occupé pas des chouans, très, très bien portants !). Puis, poursuivant, en quoi ces arabes, peut-être musulmans, lui posaient problème ? Est-ce qu’elle était prête - la pauvre elle doit flirter avec les 80 ! - à aller vider les poubelles, faire la plonge au restaurant ou creuser des tranchées sur la route de Malbouzon ? Et à propos des aides sociales, est-ce qu’elle était disposée aussi, à les échanger contre ses revenus ! Devant le vide abyssal de la réplique, nous en finîmes par une consensuel : « pourvu qu’il pleuvent avant la fin du mois, sinon pour les champignons c’est cuit ! ». Bonsoir madame. Ces gens qui n’ouvrent jamais un livre d’histoire, ne parlons pas de sociologie ou de philo, confient leur derniers neurones en état de marche à la sainte-télé. Celle qui le répète, le déforme, l’amplifie ou le dissimule. « Ils » l’ont dit c’est donc vrai ! Qu’importe les sources, qu’importe ceux qui paient les journalistes pour répéter, déformer, amplifier ou dissimuler. Ces élites politiques et surtout financières qui tiennent les médias, ne sont pas spécialement racistes, mais elles se servent de l’étranger comme d’un spectre diabolique et obsessionnel. Le grand remplacement. Grâce auquel les foules se sont rangées à des logiques aussi absurdes que celle qui voudrait qu’une poignée de milliardaires possèdent plus que la somme de milliards d’individus dociles, disciplinés, privés de conscience et, partant, devenus effectivement bêtes…
Liberté, égalité, fraternité. Nous passons machinalement devant nos mairies où sont gravés dans la pierre ces mots vidés de leurs sens, sans jamais nous retourner et nous interroger. Seule survie une forme de liberté. Mais à quel prix. La liberté d’entreprendre comme ils disent, avec l’argent de papa et la sueur des sans dents ! Liberté de prendre l’avion pour bien brûler la planète en s'offrant une branlette, d’aller skier et de construire autoroute et piscines privées. Une liberté qui commence là où l’on est très riche et s’achève très vite sur les citoyens ordinaires non sans en exclure complètement des dizaines de millions d’autres. Et c’est allé si loin dans l'outrance capitaliste que désormais beaucoup ne l’acceptent plus. Ne l’acceptaient peut-être déjà pas, mais se sentaient trop petits, trop idiots, trop malheureux pour réagir sans se rendre compte que même hier, lorsqu’ils n’y croyaient plus, ils étaient pourtant les plus forts. Tant qu’il reste une démocratie - et attention parce que comme moi vous savez qu’elle s’est considérablement délitée - la loi du nombre reste la seule supérieure et souveraine.
Alors oui cela peut changer ! Je n’ose encore écrire « cela va changer ! » Mais les planètes sont bel et bien alignées. Subitement, les générations qui viennent, mieux éduquées et plus encore concernées par les aberrations dont ils sont les témoins et les futures victimes, ressentent et constatent qu’un monde s’effondre. Ne tient plus que par les valeurs "éternelles", imposées par les parents, les dominants, les gouvernants, la société libérale, occidentale, judéo-chrétienne. L’ordre, l’obéissance, la soumission fonctionnaient encore à merveille. Mais tandis que les forêts brûlent, que les fous se bousculent dans les palais présidentiels, que l'on annexe les territoires et que l'on génocide impunément, cette jeunesse qui ne pratique pas le jet-ski - ni la jet-set - dans le golfe de Saint-Tropez, est prise de vertige et de colère.
Alors il y a parmi nous des gens pas forcément ni férocement gauchistes, des écologistes, des humanistes, qui se sont rapprochés dans leur réflexion puis agglomérés dans leurs actions. Des gens presque ordinaires, finalement assez moyens et modestes, des ingénieurs, des chercheurs, des enseignants qui, n’ayant aucun problème financier, aucun besoin en somme se découvrirent des dispositions à améliorer la condition de ceux qui les entourent, plus mal lotis. Et des vieux Restos du cœur, aux ONG plus récentes, en passant par les initiatives locales de prise en charge de migrants, pour l'environnement et de bien d’autres causes, une toile associative, culturelle, affinitaire s’est étendue sur le pays. Celle que les Instituts de sondage, les plateaux TV uniformisés et les vieux politicards ne semblent pas encore bien mesurer. Elle s’est politisée. Et rajeunie. En sorte que la France, pas toute, mais la nouvelle, retrouve les belles couleurs qu'exaltait Jean Ferrat.
Aujourd’hui ce sont ces gens qui par centaines de milliers forment le noyau de ceux que les gens des droites - et j’englobe-là tout ce qui peut aller de Hollande à le Pen -, ont désigné sous l’élégant vocable d’Islamo-gauchisme. J’écoutais récemment le discours - trop long, trop technique et si brillant - de Mélenchon à la Fête de l’Huma. Là où l’on imaginerait que Fabien Roussel, en son jardin, cultive ses roses et son réséda, ont déferlé des milliers de soutiens à Mélenchon. Des jeunes, quasiment que des jeunes - et parmi eux quelques têtes chenues - qui se sont levées à l’appel de la Nouvelle France. Et c’est tout simple à comprendre, cet homme - que vous n’aimez peut-être pas puisque tout est fait dans les médias pour cela et c’est bien dommage ! - porte comme jamais, avec cette force que n’érode en rien son âge, une vision de l’Humanité fondée sur tout ce qui lui a permis de s’imposer sur terre et de s’y maintenir : la solidarité, la tolérance, la fraternité. Vous me direz que j’idéalise. Un peu oui ! lorsqu’on pense aux périls qui nous guettent. Semblables aux guerres de religion, de sécession, de colonisation - dont nous étions les champions - et d’invasion. De César, aux Bourbon, à Napoléon en passant par Hitler, Staline, Andrew Jackson, les Espagnols, les Américains, les Israéliens. Mais après chaque spasmes violents, chaque croisade, chaque génocide, une lueur d’espoir ouvrit la voie de la Libération. Si près de nous à l’échelle des millénaires, les Lumières après la Saint-Barthélémy, la Révolution après les Rois, la Résistance après la collaboration et j’ai failli ajouter Hollande après Sarkozy, sauf que je crains de ne même plus être drôle ! Mélenchon dit "merde" aux patrons, aux actionnaires, au fonds d’investis-sement, aux banques centrales, aux fascistes ! Et ceux qui nous maintiennent dans cette vie médiocre, qui liquident méthodiquement ces services publics qui constituaient notre force, ce modèle social qui nous rassurait, tous ceux qui ont vendu la France à la finance mondiale, osent encore paraître et prétendre que ce sont eux - enfin, nous - les Insoumis, qui vont conduirent à la ruine !!! Je ne veux même pas évoquer les autres qui, en désignant l‘étranger, le noir, le musulman couvrent notre pays de ridicule et de honte. Siamo tutti antifasciste… tapez dans les mains et recommencez !
Partout la jeunesse se réveille, se révèle, elle n’attendait qu’un signal. Elle ira voter plus massivement que ceux du vieux monde encroûtés dans leur suprémacisme aux formes diverses et avariées. Une nouvelle France se lève, colorée, désireuse de vivre et de danser, elle a le visage de la justice ! |