Des scénarios, j’en ai échafaudé depuis que j’ai compris que le macronisme nous menait au chaos, voir au KO fasciste, mais jamais je n’aurais imaginé voir des hordes de policiers armés jusqu’au dents, harnachés comme des robots, courant et tabassant des gamins de quinze ans - et quand bien même en auraient-il vingt ! - les laissant pour mort, sans assistance médicale ni le moindre signe de sollicitude et de componction. Le camarade Isaac Asimov écrivait " La violence est le dernier refuge de l'incompétence". Nous y sommes !
Ce qui est d'abord saccagé, c’est la France. Pas l’hôtel de ville de Limoges, ni l’office de tourisme de Lyon. Un façade ça se restaure, une vitrine ça se change, mais la concorde nationale, la confiance en ses institutions, l’image d’une nation qui fut le berceau des Lumières et de la Déclaration des droits humains, non ! Peut-être jamais, en tout cas pas tout de suite. La mort d’au moins un manifestant, les mains arrachées, les mâchoires détruites, les yeux perdus eux, ne se répareront pas. Cela fait des années que M. Macron - dans la continuité de Sarkozy et Hollande - se joue de la démocratie. Il en fit une variable d’ajustement, un argument banalisé et très souvent biaisé. Lui qui n’a plus que le mot respect à la bouche, il n’en fit que bien peu usage, ne respectant notamment ni le résultat des élections, ni l’opposition de l’Assemblée, ni les pétitions portées (contre Duplomb et le permis de tuer) par un élan vital.
La France qui brûle - et encore convient-il d’en relativiser les images amplifiées par les médias dont le coeur vacille entre la macronie et la fachosphère - n’est rien d’autre que le fruit de l’incurie de ceux qui ont pris le pouvoir comme par effraction. Sans scrupule ni compétence. Avant l’affligeant discours élyséen, nous avions entendu les paroles dignes d’un apprenti dictateur, le premier ministre, proférant cet odieux sophisme : « Soit vous êtes avec les forces de l’ordre, soit vous êtes contre la République. » Des voyous ! La République, Monsieur Lecornu, ce n’est pas la vôtre ! Pas celle des milliardaires qui confisquent l’essentiel des richesses de notre pays, pas celle de cette caste bourgeoise égoïste, raciste qui se recroqueville sur son petit confort en méprisant tout le reste, tous les autres ! La République c’est nous ! Les héritiers spirituels de 1789, de Saint-Just et des sans-culotte ; de 1830 et ses Trois glorieuses où le peuple repris ses droits sur le Roi ; de 1871 et la Commune qui détermina les belles valeurs de gauche ; de 1944 lorsque la Résistance nous libéra du fascisme : de 1968 enfin, premier mouvement insurectionnel porté exclusivement par la jeunesse. L’histoire, marquée par le courage de ses révolutionnaires dont le sang recouvre les mémoires de ceux qui peuvent se prévaloir encore de l‘humanité, révèle aussi la friabilité, la vulnérabilité, des sacrifices. L’histoire toujours recommencée. Sans doute aussi parce que toutes ces Révolutions n’ont pas abouti à l’éradication totale des gènes responsables du malheur. Restons utopistes, mais soyons réalistes, nous ne viendrons jamais à bout des profiteurs, des tricheurs, des dominateurs, de cette espèce d'invertébrés capables de se dissimuler un temps, puis de se régénérer très vite.
Mais enfin le temps est sûrement venu d’en écraser les monstrueux privilèges, d’en faire rabattre à tous ces suzerains qui au nom du triste roi et de ces sombres princes, humilient et réduisent le peuple au rang de servilité et de soumission. Voici quelques mois, lorsqu’en Inde, au Népal, au Maroc, à Madagascar et plus timidement en quelques coins d’Europe, la Gen Z s’est mise en mouvement je me morfondais de voir la nôtre, absente de la contestation. Quelques années auparavant, la sublime Greta Thumberg, aurait déjà dû embarquer la totalité des gamins dans une révolution planétaire et solaire. Mais ne remportait qu’un succès d’estime chez ses pairs et tant de condescendance moqueuse chez les dominants. Jamais pourtant, depuis des décennies au moins, une génération n’avait été à ce point maltraitée, méprisée et j’irais jusqu’à dire mal aimée. Rendez-vous compte. C’est la première qui va devoir affronter le dérèglement climatique et éventuellement assurer la continuité de l’espèce. Et le pouvoir décide de lui faire accepter cette réalité à coups de matraque ! Ils sont jeunes mais pas idiots contrairement à ce qui se diffuse sur nos plateaux de télévision. Ils savent bien que nous, ceux qui avons couvert le capitalisme en nous y lovant comme de bons toutous, avons été complices de la mise à sac de la planète, l’exploitation des énergies fossiles et autres minéraux rares. Tout ça pour faire du pognon, du pognon, du pognon. Profiter, profiter, profiter. Alors lorsqu’ils voient une boutique Dior, une usine d’armement, un airbus qui part vers un soi-disant paradis, ils ont peut-être bien envie de tout faire péter !
Les gouvernants, la bourgeoisie ne sont toujours pas redescendus. Depuis « le bruit et les odeurs » de Chirac, le « Karcher » de Sarkozy, les « sans-dents» de Hollande et les insanités répétées de Macron dont la liste est bien trop longue, il se sont persuadés de leur invulnérabilité définitive. Du pain, un portable… Ne se sont pas rendu compte que là, ces enfants observaient les inégalités économiques, le périls climatique avec un certain désespoir mais bientôt aussi, une colère certaine. Ces politiciens surpayés, gavés d'avantages inouïs, ces patrons subventionnés, refusant de consentir une taxe de deux malheureux pour cent sur d’immenses fortunes, tandis que les parents de ces jeunes se privaient de tout et qu’eux-mêmes devaient travailler pour payer leurs études ! A peine sortie de l’enfance, la Gen Z fut ainsi confrontée à la violence d'un monde où règnent les tricheurs, les menteurs, les profiteurs. Et des banlieues pourries où la souffrance sévit au quotidien, jusqu’aux quartiers de nantis, cette jeunesse s’est prise en main. Enfin ! Mais l’explosion qui s’est ainsi produite, se révéla d'abord raisonnée, proportionnée, presque trop sage. De grands défilés, deux poubelles cramées, ce n’était pas 68 et tout semblait en place pour que le dialogue s’instaure, que le gouvernement discute et lâche la bride comme tous les précédents finirent toujours par le faire, peu ou prou. Pas là ! Pas sous Macron et ses sbires, Lecornu, Nunez et Geffray. Eux ont toujours raison ! La police se déploya avec violence. Tira à la grenade, au LBD et les accidents graves sur de très jeunes élèves se multiplièrent. Point d’excuse, de concession, ni de volonté d’apaisement. Sur les plateaux TV des chiens de garde du capitalisme, ce ne fut que désinformation grossière, discrédit et railleries. Ces lycéens étaient des fainéants, des racailles. Ils étaient forcément manipulés par LFI ! Car il est un nouvel axiome « démocratique » en France : tout est la faute de Mélenchon ! Dans les débats ont réquisitionna les trois seuls sociologues de droite en France, on inventa même des faux syndicalistes lycéens. Sur le terrain, les gamins furent infiltrés par des flics en civil chargés en réalité de tendre les confrontations et de justifier les charges policières. Bref, on s'est bien foutu d'eux !
En conséquence de quoi, le 17 octobre, la révolte lycéenne prit un tour nouveau, lorsque les Gilets jaunes, notamment, se sont associés à leur mouvement. La fracture de la société française ne concerne évidemment pas que la jeunesse. Les classes que l’on dit moyennes aujourd’hui, que l’on appelait laborieuses hier, souffrent des mêmes dérives autoritaires, des mêmes injustices sociales et climatiques, du même sentiment d’abandon, de dédain venant de ce régime ploutocratique malfaisant. Au « château », dans les beaux quartiers et les résidences secondaires, ils parvenaient à se persuader qu’en faisant peur avec Poutine, avec la Chine et avec LFI, les gueux demeureraient prostrés, effrayés à l'idée de perdre une précieuse miette de leur morceau de pain. C’est raté et ce n’est pas fini ! Espérons-le. Pour ces merveilleux gamins plein d’ardeur et de courage, il va falloir surmonter l’ignoble stratagème du pouvoir. Suivez-moi.
Lorsque leurs cortèges étaient abondants mais pacifiques et joyeux, la police chargeait sans raison, violemment, punissant les jeunes pour un simple cri ou geste. On le vit, de manière lourde de symbole, lorsque les cinq cents musiciens de l’orchestre du Nouveau Monde furent chargés et gazés alors qu’ils installaient joyeusement leurs pupitres, place de la République ! Dans le même temps, à Marseille d’abord, puis un peu partout, les casseurs venus d’horizons effectivement plus ténébreux, les fameux black blocs où l’on retrouve toujours la trace de quelques flics passant de l’autre côté pour provoquer le chaos, ces casseurs donc, ne furent confrontés qu’à des forces de l’ordre en sous-effectif et beaucoup moins combatives que lorsqu’il s’agissait de fracasser des mômes. Et depuis, toutes les informations, de Macron lui-même en direct au 20 heures au plus petit canard de province, entretient la confusion, non, cultive l’amalgame d’événements, pourtant tellement éloignés, dans le seul but de conforter l’opinion publique, majoritairement constituée de pauvres d’esprits - autrement nommés téléspectateurs - , dans l’idée que les lycéens sont des casseurs instrumentalisés par l’extrême-gauche. Et désormais, l’extrême-gauche vous le savez, c’est Mélenchon !
Elle est si belle cette Gen Z. Pourvu qu’il ne lui arrive rien de fâcheux. Pourvu qu’elle ne se soumette pas ! ____________________
Depuis quelques jours, d'Attal à certains membres du gouvernement, monte la petite musique selon laquelle il faudrait peut-être mieux contrôler les réseaux. Et pourquoi pas les couper ! Sous le prétexte fallacieux que circuleraient trop de fake-news ! C'est quand même gonflé, lorsqu'on sait que la première fabrique d'infos tronquées et fallacieuses, c'est la télévision où, de France 2 à BFM, tous les faits sont déformés, inventés ou, au contraire, dissimulés. |