vendredi 3 août 2018

Numéro 16 -  2 août 2018


La cuisine de ma grand-mère, ma mère et Aubrac-sur-mer
Les balles de Clocheville





Lisez-le !




 Deux euros au secours populaire 
Pour chaque Cuisine de ma grand-m
ère, ma mère et Aubrac-sur-mer vendu, je remettrai deux euros au secours populaire à l'heure des comptes, c'est à dire à Noël. 
Je compte donc sur vous pour m'aider à vivre et à réaliser le plus beau chèque possible en faveur de ceux qui n'on rien. 
Bravo




Lisez-le !






mardi 17 juillet 2018

Numéro 15 - 18 juillet 2018


La cuisine de ma grand-mère, ma mère et Aubrac-sur-mer





Faut ben dire ce qu’y est, c’est pas terrible la vente de la Cuisine de ma grand-mère, ma mère et Aubrac sur mer ! Que ce soit sur la place de Toulon ou même à la maison de retraite de Briatexte, où maman s’éclate pourtant encore avec Annick, Emilia, Véronique, Chantal et d’autres, les ballonneurs de tous âges et tous sexes, les contents d’être contents et autres ravis de la crèche se tapent encore le ventre et le cul par terre…
Je suis heureux, que dis-je, enchanté, ravi, comblé pour eux, mais cela ne fait guère avancer la vente du bouquin le plus important de ces soixante dernières années… pour moi !
Et j’ai beau me dire que j’ai bien le temps d’atteindre le Puy de Gudette et ses 1427 ventes de livres, je m’impatiente un bricou (« un peu » en patois de Graulhet). Aussi, sur une idée de Justine -une nièce joueuse- j’ai décidé de modifier légèrement la couverture de mon bouquin. Cela devrait booster les ventes à la folies, d'autant que -vous direz que je suis fou- j'ai décidé de le laisser à 20 €, malgré la valeur inouïe qu'il prend désormais... Un document qui pourrait devenir, dans les prochaines décennies, l'égal de premières feuilles de papis Russes !
Et j’aimerais beaucoup avoir votre avis là-dessus… 

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En vente exclusive à partir de ce blog. 

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Mes exploits au ballon-but

Si l’on enlève les 8 millions de moins de quatre ans qui ne sont pas pris en compte dans les audiences, cela laisse tout de même 39 millions de français qui ont estimé plus raisonnable, le dimanche 15 juillet, de ne pas consommer cet affligeant spectacle de ballon. Ce qui devrait tout de même rendre les supporters plus humbles et les inviter même à se demander pourquoi ils sont à ce point minoritaires.
Ce n’est pas tant le ballon qui m’ulcère que l’importance démesurée, hallucinante, outrancière qu’on lui accorde. Cela me gêne terriblement mais ne peut m’étonner puisque dans une société où la croissance et la consommation appartiennent au dogme, le sport -et celui-ci en particulier- en est l’un des principaux pourvoyeur. Les journaux complaisants et torves, les fabricants de drapeaux, les marchands de fripes, les publicistes obsédés de parts de marché, les dealers de coca et les commerciaux de caca, tous se liguent pour faire de ces pantomimes pathétiques, de grands moments d’unité nationale… Tu parles Charles ! C’est du pognon, encore du pognon, rien que du pognon… De dingue !
Parmi les téléspectateurs bêlant de la « une », beaucoup s’indignent pourtant de connaître les sommes prodigieuses, incalculables d’ailleurs pour un  salarié de base, que l’on verse à ces tout petits bonhommes dans leurs shorts cintrés dont la seule contribution à la science, à la terre et à l’humanité, consiste à caser un ballon au fond du filet en moins de deux heures. La totalité de ces joueurs, sans le sport, seraient des cassos de banlieue, certains s’entasseraient même dans ces bateaux mouroirs à la recherche d’un peu d’espoir par-delà la Méditerrannée. 
Mais plutôt que de s’insurger contre cette folie financière, il suffirait aux dix-neuf  millions de pauvres qui ont alimenté les caisses de TF1 durant un mois, de remettre leur jardin en état, de lire La cuisine de ma grand-mère et, s’il leur faut vraiment la télé, de relancer la culture en suivant les programmes d’Arte, pour mettre fin à cet indécent commerce.  
Je n’ai rien contre le ballon. J’y ai même joué. Une fois à Andernos, avec l’équipe de ma colo. J’étais si à l’aise à l’arrière-gauche que j’avais été désigné meilleur joueur ! Comme quoi, c’est comme au tiercé, dès la première fois, on peut remporter le gros lot. Bien plus tard avec les copains de Var Matin et de Nice Matin, j’allais jouer au Mourillon entre midi et deux et là encore, je fus affublé du prestigieux  surnom de « goléador ». Il y avait à Toulon Délio Onnis et moi !
Le ballon, à condition d’avoir deux pied, c’est donné à n’importe qui. Et que le dimanche des jeunes -ou des vieux- aillent s’ébattre sur un terrain et taper dans une courge, cela ne me dérange pas plus qu’un fada qui part aux aurores pour se taper 42 bornes à pinces ou se martyriser en bécane dans un col infranchissable…
Le sport est le meilleur ami de l’homme et… de la sécurité sociale. Et je me demande bien comment il a fallu qu’un jour, un pratiquant ait le culot de demander de l’argent pour taper dans un ballon, mais bien plus encore pourquoi un dangereux psychopathe a accepté de lui en filer…
Bon en résumé, pour remettre tout cela très vite à l’endroit,  cessez d’aller au stade et de vous coller à votre écran comme des mouches sur une bouse qui, elle au moins, le mérite   !
Allez courir et, pour récupérer, lisez Les balles de Clocheville…



mercredi 11 juillet 2018

Numéro 14 - 12 juillet 2018


La cuisine de ma grand-mère, ma mère et Aubrac-sur-mer


Les tables de la Résistance

Et pour le moment que faites-vous ? Vous regardez le ballon en attendant la saison 3 de la douzième année de Koh- Lanta et de Top chef, ou bien alors vous préférez adhérer à l’association foodwatch qui se bat contre le CETA, le MERCOSUR  et vous relisez pour la troisième fois la Cuisine de ma grand-mère… en attendant fiévreusement le tome 2 ???
Je vous souhaite de ne pas appartenir à la première catégorie ou bien alors de vous débattre pour vous en libérer au plus vite. Car vous êtes victimes -souvent bien trop consentants et qu’on s’entende- de la plus antique des  recettes pour anesthésier le peuple : du pain et des jeux. Depuis Athènes et Rome, nos démocraties n’ont rien trouvé de mieux que de prendre les gens pour des pions et d’avoir (en grande partie) raison !!! 
Sans remonter à l’antéchrist, ni au conte de Monte Cristo,  l’on a endormi nos générations précédentes avec l’électrification, la machine à vapeur, les cacahuètes salées et les canapés en skaï…
Nous-mêmes, n’avons-nous pas succombé au confort de la berline citadine -la sacro-sainte bagnole souvent avec des moteurs au fort accent allemand  !- , des meubles en kit et en toc et des écrans géants… Et c’est ainsi que durant ce siècle, pour un petit salaire et le plein emploi, quinze jours à dorer sur les plages de Méditerranée et un peu de foie gras avec lesquelles on pouvait farcir nos dindes à Noël,  nous avons tout accepté et avalé : l
a  déforestation en Guyane, aussi bien que la disparition des commerces de centre-ville, le bétonnage de la côte, les forages aux entrailles de la terre, la distribution de farine animale aux poissons et de farines de poissons aux animaux, le dopage des footballeurs et des cyclistes, la fuite des capitaux et des fraudeurs à l’impôt… 
En deux-trois générations, on a tout foutu en l’air, mais à la fin du repas on fait le rot. Et on le paie en euro. On a rétabli vite fait la monarchie, le servage et on se fait insulter par le Prince, avant sans doute de se faire fouetter en place publique…. Et surtout, surtout il y a de plus en plus de riches et même de milliardaires…
Il ne reste donc plus qu’un espoir, celui de voir les générations futures réagir……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
Ah ! vous aussi vous pouffez de rire ! Non mais, remarquez, vous y êtes tout de même pour quelque chose ! Si vos petits-enfants n’arrêtent de pleurer à trois ans que s’ils ont un téléphone sur lequel ils peuvent glisser le doigt en attendant de twitter et de partager sur fakebouc leur nouvelle couche culotte en couleur. Les jeux vidéo qui vident la tête, les macDo qui ruinent l’estomac, les courses à Ikéa et en audi s’il vous plait, qui rendent débiles…
Bon maintenant que tout est perdu, un peu comme en 1940 et quelque, il va tout de même falloir organiser la Résistance. Oh ! je ne me prends pas pour Jean Moulin, ni pour Alphonse Daudet (qui a publié ses lettres), ni pour personne, d’ailleurs ! Mais vous ne m’empêcherez pas de clamer qu’il faut vraiment les arrêter, les conneries. La consommation, la croissance et tout ce qui nuit gravement à l’intelligence…
Je pense immédiatement à la bouffe car c’est mon fonds de commerce. Pensez que j’ai déjà vendu 300 et quelques traités de Cuisine équitable et comestible !!!
En premier lieu, il faut évidemment gueuler -fort- après ceux qui gagnent
du pognon à ne rien faire. Oui les footballeurs bien sûr, mais je pense à plus nuisibles encore, les intermédiaires, les promoteurs, les agro-industriels qui vident les océans, les forêts, les rivières, pour se remplir les poches.  Il faut aussi arrêter ceux qui voudraient nous faire manger des protéines de synthèse pour  épargner nos veaux. Mais c’est que moi je l’aime mon petit veau et c’est que surtout, j’ai toujours envie de humer le pet de vaches dans mes pâturages. D’autant que si l’on renonçait à l’élevage, macDo poursuivrait son commerce maléfique en trouvant une autre merde à enfermer dans son infâme truc rond…
Il faut la faire la révolution. Avant que les accords (et les intérêts) mondiaux n’appauvrissent encore plus les hommes et n’anéantissent ce qu’il reste de bon goût.
Et de goût de vivre…




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vendredi 6 juillet 2018


Numéro 13 - 6 juillet 2018




La cuisine de ma grand-mère, ma mère et Aubrac-sur-mer


La noblesse
des Olivier

Retour sur quelques histoires du livre, avec l’évocation d’une famille de souche paysanne, exceptionnelle à mes yeux. Et probablement fondatrice…


Yvette et Roger Olivier en compagnie de maman. A table.... évidemment !


Je m’aperçois que cela fait presque trois semaines que je n’ai pas alimenté ce blog et c’est une lacune. Ce n’est pas tant que je n’avais rien à raconter, mais que j’étais fort accaparé entre la visite des enfants, de pépé,  le mariage d’un Bastide - ça fait de l’occupation - et la belle fête de la montagne qui s’ensuivit à la station du Fer à Cheval à Nasbinals (1320 m) - je vous la recommande ! - Mais stop ! on va finir par se croire sur fakebouc !
Surtout, voici un mois environ, je me suis mis à repasser les trois mille cinq cents adresses mail dont je dispose, afin de voir qui ne m’a pas encore commandé ce livre que j’entendais bien refourguer à au moins un tiers d’entre vous.  Ce qui me déçoit en effet, c’est qu’il y en a les trois-quarts qui « font le mort ». Certains le sont peut-être et même si je ne le leur souhaite pas, quelques-uns le mériteraient ! Après, je conçois que tout le monde ne soit pas apte à goûter l’âpreté de ma plume et à apprécier la douceur de ma cuisine -ou vice-versa-, car on ne peut jamais condamner une faute de goût, pour aussi grossière qu’elle soit…
Et puis, il y a ceux qui réellement n’avait pas reçu la newsletter que je vous destine toutes les semaines -ou presque !-. Elle part de temps à autres dans le courrier indésirable, comme si la Poésie des Mets pouvait l’être… indésirable. Ce sont donc quelques dizaines de nouveaux lecteurs que j’ai récupéré en insistant « un peu » et en m’adressant individuellement à eux.  Un travail de fourmi qui ne m’effraie pas !
Parmi ceux-là, braves gens qui m’ont « pris » La cuisine de ma grand-mère… il y a un ancien collègue et ami de Var Matin -toujours affuté au Rct-, un directeur de banque -le seul qui ait honoré Aubrac-sur-mer de visites régulières-  des copines aussi et puis Claude Olivier.
Son nom ne dira rien au plus grand nombre, même s’il fut directeur de l’équipement du Tarn, ancien (et de nouveau) maire de Saint-Lieux-Lafenasse et même, jadis, dirigeant du Sporting Club Albigeois… J’aimais bien ce type avec lequel je n’ai jamais pourtant eu que des rapports éloignés (onze ans d’écart), contrairement à son frère, le regretté Gérard et à sa sœur Danielle, qui aurait dû être mon premier flirt si elle ne m’avait éconduit sans ménagement -enfin si j’ai bonne mémoire, car cela ne va pas tarder à remonter au demi-siècle !-
Dans ce livre qui, je le redis car c’est important à mes yeux, n’est pas basé sur des recettes, mais sur des tranches de vie relevées de passions et d’humanité -j’utiliserai toujours ce mot pour me distinguer de tant de monde, sans jamais avoir la sensation pénible de le galvauder – je n’évoque réellement qu’une autre famille que la mienne. Ce sont les Olivier de La Rose. C’est joli, non ?
Des gens humbles, c’est-à-dire dans ce cas, avec peu d’instruction, de manières et de fortune. Des gens qui ont souffert toute leur vie de labeur, dans leur chair et au fil des évènements, dans leur cœur.
Le pépé Olivier estropié « là-haut » du côté de la Somme, de la Marne ou du Chemin des Dames. Revenu en 1919 à la ferme, puis bien plus tard dans sa retraite Graulhétoise pour me compter cela, avec sa voix fatiguée mais débordante de bonté, tandis qu’il me faisait tirer sur un fil pour emprisonner, d’un seul trait, des dizaines de petits oiseaux…
Georges et Simone, avec leurs accents du Tarn et de la Sarthe à couper au couteau comme l’immense miche que lui,  calait sous un bras protecteur afin de la trancher d’une lame infaillible. J’ai dormi chez eux, à la Péroutié, au-dessus de l’étable, chauffé par ces effluves bovines prégnantes, qui ont sans doute induit mon attachement quasi filial à la race Aubrac. Tout dans les gestes lents, les cris stridents, les sourires harassés me conduisait inexorablement à penser que je grandissais-là au centre de la terre, au plus beau de l’humanité !
Roger et Yvette, les mêmes ! D’autant que les deux frères avaient épousé les deux sœurs ! Eux, ce ne sont pas dans leur ferme que je les ai connus, car ils quittèrent la Rose plus tôt, pour venir travailler à l’usine - où ça ne sentait vraiment pas … la rose !- et habiter non loin de chez nous, à la Bressole.
Quel entrain, quel dévouement, quelle gentillesse, quelle classe ! Yvette cuisinait aussi comme on respire. Quoi qu’elle fasse c’était bon. Enfin, bon… divin, merveilleux, irrésistible, à tomber… Comme ses amies, mémé Cécile et maman -Fernande- elle ignorait l’existence de livre de recettes et de ces magazines qui assassinent  la cuisine pour satisfaire ces femmes qui ne croient plus qu’aux artifices télévisés  et tout ce qui est léger… Et pour être légères, elles le sont !
Yvette avait un gros cul -presque autant que le cœur- et n’arrêtant pas de parler, elle assassinait le français en le remplaçant par des expressions plus ou moins maîtrisées. Mais son foie gras, son civet de lièvre et ses fricassés de cèpes, malgré leur extrême dépouillement  valaient au moins tous les traités de grammaire et de philosophie. 
Roger était adroit comme s’il avait eu quatre mains et commettait bien moins de fautes de langage puisqu’il comptait ses mots. Il affichait toujours, dans son extrême timidité -qui pouvaient se nourrir de quelques lourds complexes d’infériorité- ce sourire qu’il posait sur les autres, les enfants en particulier, avec une douceur méticuleuse, rassurante, envoûtante.
La preuve est qu’en vous écrivant, mon écran s’éclaire de cette générosité infinie. La même que celle qu’il offrit à papa, handicapé,  auquel il s’employa à rendre sa jambe dans des travaux où force et habileté se conjuguaient dans la même sobriété. 
Si je devais un jour manquer de courage au point de défaillir, il me semble qu’en pensant aux Olivier,  les amis de mes parents, je retrouverais une arme
dont personne ne peut vous priver : la volonté.
Salut Claude et merci de m’avoir aidé à exhumer le vieux souvenir d’une noble famille : la tienne !




Les petites chroniques d'antan...


Je sais que vous les aimez. J’ignore combien vous êtes, mais il est certain que nous sommes au moins deux ! ce qui m’autorise, vous en conviendrez, à utiliser le pluriel . Alors voici une nouvelle chronique écrite en duo avec mon Béo, dans les années Aubrac-sur-mer entre 2012 et 2014 probablement.  Vous connaissez le principe : je publiais ce qui me passait par la tête le lundi et dans la semaine mon confère et ami érudit, me renvoyait mon texte rougeoyant d’annotations réjouissantes et plus ou moins pertinentes. Il lui arrivait aussi de transformer cet agréable contrepoint en une sorte de contre-pied vachard. Mais cela n’en demeurait pas moins jubilatoire…
Merci pour votre attention, car cette lecture en requiert un peu…

Les dimanches en faillite


Il s'agit, tout de même, d'une étrange lubie que de vouloir à tout prix (et en euro essentiellement) ouvrir les magasins le diman-che. étymologiquement contestable car le mot magasin vient de l'arabe "makhâzin" et, faut-il le rappeler, les contrées où domine l'idiome de Naguib Mahfouz (Nobel de littérature en 1988) sont d'obédience musulmane, en sorte que le vendredi y prévaut sur le dimanche. On ose à peine rappeler qu'en langue profane le "magasin" peut désigner aussi une braguette appelée donc à s'ouvrir n'importe quel jour de la semaine. Ce sacro-saint jour de fête hebdomadaire, sanctuarisé jusqu'à il n'y a pas si longtemps -les années soixante tout de même !- où l'on se réservait le droit et plus encore le plaisir de retrouver la famille et de faire sauter sa progéniture, enfant, petits-enfants et même arrière petits-enfants -pour les veinards épargnés par l'arthrose- sur ses genoux. dédaignant ces vainesoccupations, d'aucuns en profitaient pour filer au bistro PMU où ils convertissaient les pensions alimentaires dues à leurs épouses délaissées en tickets de tiercé : hélas les plus belles traditions foutent le camp !  Je ne pense pas directement à la messe dominicale quoi que matinale, qui semble avoir pris un léger retard sur la grasse matinée (vous pouvez aussi l'écrire grâce mâtinée) car je mets entre parenthèses mon athéisme forcené, ne serait-ce que par respect pour les croyants que j'aime et qui m'épatent... On n'a guère pratiqué l'athéisme forcené que dans l'ex-URSS où Staline ne détestait pas faire raser des églises séculaires. On se doit d'admettre, aussi bien pour le déplorer que s'en féliciter, que l'office religieux a pris du plomb dans l'aile et pas seulement le jour de l'ouverture de la chasse. Dans ce pays où nos valeurs vont à vau l'eau, mais ça ne date pas d'hier : Apollinaire en voyait déjà passer sous le pont Mirabeau le port de la croix est devenu bien plus rare que celui du voile, que l'on appelait du reste dans nos campagnes, le fichu (et n'y voyez-là aucun caractère allusif... quoi que !)
Le dimanche, naguère, on roupillait donc un peu plus que de raison. On bouffait aussi allègrement que ce qu'on picolait. Le poulet onctueux supplanta d'abord la bonne vieille poule au pot dont la résistance à la fourchette garantissait tout risque de perversité. Je me souviens, non sans un soupir d'émotion, du rituel selon lequel mon père après avoir aiguisé le couteau en le croisant sur un autre, découpait de mains fermes le poulet qui n'était pas Dou (qui le sait ?) mais bien de chez nous. Ma mère faisait alors couler sur le blanc ferme et franc, une belle cuillère de jus épais et gouteux. Il y avait bien souvent pour l'accompagner un buisson de frites, ah ! ce buisson de frites, cher Jaco, on en voudrait tout un hallier ! taillées à la main dans de vieilles patates répondant au nom, une fois, de Bintje …autrement dit Bénédicte
Nous jouions aux cartes les après-midi de pluie ou profitions d'un rayon de soleil pour nous ébattre dans la prairie voisine, à la recherche de quelques fleurs sauvages ou d'un but judicieusement marqué de l'extérieur du pied. A Graulhet, nous options le plus souvent pour le stade où nous ne nous lassions jamais de bagarres épiques qui inauguraient, quand elles ne les concluaient pas aussi, les matches de rugby. Ces joyeuses épopées viriles - oh ! bon Homère comme on dirait du côté de Phocée - n'allaient pas sans inconvénients : on gâtait vite un mouchoir quand le nez saignait Je vous parle là d'une discipline qui se pratiquait entre sportifs faits uniquement de chair et d'os, entretenus au pastis et non aux hormones de croissance, mais qui possédaient essentiellement une âme. Et qui parlaient le français, le cas échéant le patois, pour la bonne compréhension du jeu... Un excellent français du sud-ouest mâtiné de "putaing con !" et de "macarel !"
Certes la visite chez les amis, ou la vieille tante, lorsque le crépuscule se liguait à une certaine lassitude, ne constituait que rarement une partie de plaisir, y compris lorsqu'il s'agissait d'une partie de belote ou de rami. D'autant qu'une prune, même à l'eau de vie, à cinq heures du soir et à douze ans, avait du mal à passer... On préférait encore se coltiner un Maigret en noir et blanc, voire même un Raymond Marcillac ou -peut-être- un Michel Drucker passant déjà, comme un grand, sa brosse à reluire. Mais les effluves de soupe, le soir, envahissaient notre petit espace et la nuit s'avançait avec son cortège de rêves d'émancipation... Même lorsqu'il était chiche, il y avait du confort et une forme indicible de rassurance.  Emouvante évocation. Les Français nostalgiques devraient s'offrir une fois l'an une cure de "bon vieux temps" pendant une semaine : pas d'eau chaude au robinet, les toilettes sur le palier à partager avec tous les gentils voisins, une cuisinière à charbon pour tout chauffage, etc. Succès garanti !  
Changement de décor. Nous sommes au XXIe siècle. En pleine modernité et il faut vivre avec son temps. Pour quelques heures supplémentaires, les employés - esclaves de Bricomachin et de Monsieur Trucolage, sont prêts à sacrifier l'office, le poulet craquant et la promenade en famille. Et des milliers de snoc abondent dans le sens de ces ogres du commerce qui après avoir bouffé les petits boutiquiers du centre ville, font les poches à tous ces abrutis qui reprennent leurs bagnoles pour s' agglutiner au rayon tapisserie ou jardinage. Ce serait bien le diable si leur ennoc, non content de les avoir traînés à l'autre bout de la ville, ne dégotait pas une quelconque potiche... Ah ! passer son dimanche à mâter les débroussailleuses et les clés de 12, quelle existence exaltante ! Il est vrai qu'on peut préférer admirer de poétiques ponceuses, le lundi après-midi, entourés de Figaros bricoleurs
Bon, finalement, lorsque le lundi matin, je m'en vais au bois (entre Gonfaron et la Môle -non, BO, la gentiane n'y est pour rien cette fois !-) je me dis que finalement, ce serait bien mieux si les derniers promeneurs du dimanche, pouvaient rejoindre leurs semblables à Grand Var. Parce que la forêt, bonjour ! Faut voir comment ils me la laissent ! Le lendemain, c'est la désolation. Plus un chant d' oiseau, pas un battement d'aile de perdrix, plus de ruade de lièvre, ni de grognement de sanglier. Ils se sont tous barrés sur l'autre versant de la colline, encore tremblants, le souffle court et le coeur lourd. On ne voit qu'un moyen de remédier à ça : mettre enfin en œuvre le malthusianisme qui rendrait nos forêts à leur virginité druidique et à son calme d'antan le débarcadère de Lampedusa
C'est que le dimanche, justement, a débarqué la famille, avec ses trois marmots. Les parents les ont lâchés persuadés que, puisqu'ils étaient dans la nature, ils pouvaient en disposer entièrement. De hurlement en piétinement, ils ont ravagé la forêt, bien mieux que n'aurait pu le réaliser une escouade de marcassins. Attila, à côté du Toulonnais en balade, c'est même pas l'équivalent de l'un de ces enfants. Y a plus une seule châtaigne ! Ça tombe bien, on en voulait pas, vu que c'est interdit de les ramasser, sauf pour ces petits diablotins, les pauvres ! Les dernières chanterelles sont réduites en purée et ne verront jamais la Toussaint. Le sous-bois est ratissé, labouré, crevassé... Mais il serait désobligeant, de mauvaise foi même, de prétendre qu'ils n'ont rien laissé. En échange, les bons petits ont éparpillé les boites de nuggets McDo en polystyrène (revoilà notre bon vieux poulet !!!), les cornets de fausses frites et les papiers de barres chocolatées. Les plus généreux ont même casé etre un genêt et une racine d'arbousier une canette de soda. Dans cet obscur décor sylvestre, y a pas à dire, ça égaie ! Mais où donc sont les Prévert d'aujourd'hui qui pourraient en dresser l'inventaire ?
Du coup, ce doute m'assaille ! Et si finalement la famille « en forêt » allait rejoindre la multitude d'ahuris dans les bois valettois d'Ikéa, serait-ce finalement plus mal ? Le saumon, même d'élevage, c'est plutôt salvateur pour la ligne de ces petits gueulards et de ces futurs gros lards !  Notre Jaco aura perdu sa philanthropie sur les pelouses sanglantes de Graulhet !  
Vous me direz y a pas que le dimanche que les actionnaires tiennent à tout prix à tondre les quelques millions de moutons qui sautent autour de nous. La nuit aussi ils veulent les tondre. Et je ne parle pas du commerce agréable de la rue Saint-Denis ou de Pigalle. Ce sont les grandes enseignes de luxe, de frusques, de parfums, de nescafé et tout ce dont vous avez impérativement besoin à minuit, qui se battent pour votre bonheur.
Il me semble néanmoins qu'à cette heure-là, vous seriez bien mieux au pieu. A renifler les fragrances de votre mec ; à effeuiller les soieries de votre gonzesse. Mais, avec mon anti-consumérisme suranné et mon obsession de décroissance, suis-je sans doute horriblement ringard. Comme le poulet de ferme que découpaient nos anciens... qui, le jeudi, pour complaire aux écoliers sages, n'hésitaient pas à leur offrir des cocotes en papier. Ah ! Heureuses familles de ces temps bénis où les guerres coloniales battaient leur (son) plein (25.000 jeunes Français tués, pour 150.000 à 300.000 Algériens), où l'on guillotinait encore joyeusement, où fleurissaient les bidonvilles tandis que l'abbé Pierre recueillait des enfants morts de froid… C'était le bonheur fou !
Jaco et BO



mardi 19 juin 2018

Numéro 12 - 19 juin 2018


La cuisine de ma grand-mère, ma mère et Aubrac-sur-mer





Ce n’est un secret ni pour ceux qui me connaissent, ni pour ceux qui ont déjà ingurgité mon bouquin, ce ne le sera bientôt plus pour le millier de  ceux qui vont y passer…
Je suis plus écolo que libéro. Pas très chrétienne, mais porté sur la charité quand même… Le sort de la planète m’intéresse un peu plus, si vous préférez, que le cours de la bourse des multinationales (et des bien plus petits…) qui assassinent la terre en lui arrachant les ongles et les poils du… nez !

Cela fait un siècle et demi environ, qu’après nous être débarrassés des rois (enfin, y en a qui en ont toute l’allure de nos jours !) l’ère de l’industrialisation nous a soumis au bon vouloir d’une nouvelle caste, celle des gros patrons. Des entrepreneurs, capitaines d’industrie, grands comiques de l’état : polytechniciens, énarques… 
Le coût de l'humain...

Et c’est drôle comment ces types qui ont fait des années d’études, évidemment brillantes, suscitant la fierté de leur papa  et la concupiscence de leur voisine, ont été foutus de se faire un pognon de dingue - sur le dos des indigènes faméliques -, mais jamais de s’interroger sur les risques, non, les dommages, les sacrifices, les tortures qu’ils imposaient à la planète. 
Car si je ne leur voue pas plus d’admiration qu’à Zidane, contrairement à quatre-vingt-pour cent du « populo »,  je ne les pense tout de même pas assez couillons pour n’avoir pas anticipé qu’en exploitant des forêts primaires,  en forant comme des primates, en polluant les champs et les habitations environnantes, on allait l’exterminer, notre planète avec ses abeilles. Mais attention, ils ont toujours eu cet argument massue : ça rapporte… Alors respect !
Le coup du lapin 
La terre de plus en plus  inhospitalière, cela n’émeut que les couillons comme moi, semble-t-il ! Car la monarchie élyséenne s’assoit sur tous les principes en militant ouvertement pour le maintien du glyphosate sur nos champs de maïs et en dissimulant au consommateur toutes les saloperies que l’agroalimentaire, relayé par les écoles de commerces et de marketing, leur font ingurgiter… 
Bref nous sommes tous condamnés et, comme l’indique les statistiques, on va recommencer à crever bien avant l’âge… Un peu comme ces vaches, cochons, poulets qui défilent sur un crochet au son de la Marseillaise dans nos abattoirs.
Je ne dis pas qu’il faut les frapper avant de mourir, les sodomiser, ni leur trancher la gorge à vif en rigolant comme des miliciens vichystes, mais enfin, depuis la préhistoire, les bestioles sont là pour en chier, nourrir les hommes et, pire encore les régaler…
Alors bon, le coup d’aller filmer tous les abattoirs pour savoir si on liquide une bande de cochons sur « Une petite musique de nuit » me semble légèrement inquisitrice et superfétatoire. Ces gens font leur boulot et il n’est sûrement pas pire que ceux qui gardent la frontière entre l’Italie et la France en ce moment !
C’est un type capable de tuer un lapin avec le poing et de saigner un pigeon qui vous le dit…

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