Lorsque que, voici tout juste dix ans, j’ai créé ce blog que viennent alimenter mes chroniques, l’idée consistait à m’amuser tout en m’efforçant d’entraîner quelques lecteurs dans une joyeuse démarche. Il s’agissait d‘étancher une soif d’écrire et c’est ainsi l’un de mes proches qui m’y encouragea. L’humour, surtout au quotidien, il est possible de le porter en soi, ne serait-ce que pour se distancier d ‘un environnement qui oublie quant à lui bien souvent d’être drôle. Quant à le communiquer, c’est une autre affaire et, pour m’y être essayé, résolument, il me faut constater et concéder que ce ne fut pas un grand succès. A tel point que lorsque je lis et parfois relaie certains propos, je m’aperçois que ce sont encore ceux dont ce n’est pas la mission première qui nous font le plus rire. Sauf que comme ce sont tout de même nos affaires qu’ils tiennent entre leurs mains, le comique reste relatif et transitoire. Entré dans le rang de l’écriture conventionnelle, je me suis alors concentré sur les faits - et méfaits - de société en m’efforçant de maintenir un certain niveau d’écriture et de conscience. Sans forcément rechercher l’assentiment de tous, moins encore en toute circonstance, mais au moins, me sentir irréprochable sur le plan de la syntaxe et du saint-axe de mes principes. Que j’érigerais, pour un peu, en vertus : courage, générosité, loyauté. Lorsqu’on s’y conforme, il nous est loisible de tenir la route et de ne point redouter la foudre. Je me souviens très distinctement aussi du jour où j’ai décidé de mettre un point final, sinon d’honneur, à ces chroniques. La gauche française, dans un ultime sursaut, s’étant fédérée en Nouveau Front Populaire, venait d’écarter le Rassemblement National au deuxième tour des Législatives. Celles que Saint-Emmanel-les-mains-jointes avait provoquées au lendemain des Européennes dans l’espoir machiavélique d’installer ces mêmes fachos à Matignon. Mais vu que la gauche arrivée en tête ne lui convenait guère, il remit les siens, les vrais, ceux de droites, pourtant battus à plate couture ! Les dénis de démocratie ne manquaient déjà pas sous l’ère macronienne, des Gilets jaunes au pass-sanitaire, des manifs des retraites aux mégas-bassines de Sainte-Soline, tout se réglait par la violence - l’extrême-violence - et le mensonge. Mais le non-respect d’une élection, par un président dont la popularité est équivalente à celle de son prédécesseur, soit la plus basse de la Cinquième République, relevait d’une situation alarmante et désespérante qui m’aurait sans doute conduit à écrire vrai, c’est-à-dire fort, entièrement et possiblement passible de procès dont je tenais absolument à épargner les miens. Et ce sont d’autres circonstances, d’autres faits de société plus lourds, des sensations inconfortables, le choix finalement de prendre des risques et de ne pas me compromettre avec ceux qui approuvent et tout autant avec ceux qui se taisent, qui m’a redonné l’ardeur de redescendre dans ma petite arène, au coeur de laquelle je ne souhaite la mise à mort de personne, à commencer par la mienne.
Aujourd’hui encore j’avais prévu un sujet certes à peine plus léger, mais qui se serait distingué et distancié du marigot politique dans lequel nous sommes condamnés à traîner jusqu’en mai, à moins de considérer que tout est perdu et que sont déjà ouvertes en grand, les portes de la kommandantur. Mais c’est en scrollant - voyez que je me mets à sombrer avec le naufrage linguistique de mon temps - que j’ai lu cette première information sur Bluesky - ce réseau certes plus propre que l’indécent X mais qui me mange tout de même la tête et les nerfs -. Je ne sais plus quand c’était, peut-être vendredi ou samedi au plus fort de la canicule. Je lis donc une première fois « la police intervient et crève une piscine installée dans le quartier de la Gauthière à Clermont-Ferrand. » Alors que je passais au post suivant, mon cerveau s’est bloqué là où mes yeux étaient déjà loin. Il faisait quarante degré à l’ombre dans la banlieue auvergnate et sans doute tout autant à l'intérieur des appartements des tours environnantes. Faisant partie de ceux qui n’aiment pas entendre crier, je conçois que des gamins qui s’installent dans des piscines d’infortunes puissent déranger quelques bourgeois revêches, mais enfin ! Ils ont débarqué à six fourgons, ont encerclé les boudins bleus et les ont crevé sans le moindre état d’âme. Imaginez-vous à la place de l’élu municipal, du chef de la police à qui l’on signale que des minots de dix ans ont trouvé l’astuce d’une mini-piscine pour éviter de crever de chaud et plus encore trouver un peu d’apaisement à la souffrance de leur condition, cet élu, ce chef inspiré par la grâce qui décident de faire crever la piscine ! A la place de ceux à qui on a donné cette odieux et stupide consigne, qui s'exécutent en rêvant peut-être d’un avancement , voire d’une médaille pour cet acte héroïque ! J’attendais alors que la mairie de Clermont, le préfet, le ministre de l’intérieur publient un communiqué en guise d’apaisement sinon d'excuses. Rien ! Au contraire, les trois jours suivants ce sont trois autres piscines qui seront crevées ou démontées par les mêmes bas du képi. Sans doute applaudis par les pavillonnaires alentour possédant d’immenses bassins privés, payés par le fruit du travail de leurs esclaves voisins, de leur placement et de l’optimisation fiscale. Ceux qui les remplissent la nuit venue, malgré les restrictions d’eau et tout à l’avenant... Ceci venant immédiatement après que l’autre abruti, toutou de la maison Bouygues, ait expliqué à la jeune bourgeoisie en pâmoison que le chaleur était la même pour tout le monde, Bernard Arnault sur son yacht comme l’ouvrier sous les toits. Dans l’opinion, les réactions restent molles et pas seulement du fait de la chaleur. Les cerveaux reptiliens - donc à sang froid – pensent, plus que jamais, que c’est chacun sa merde. Que ce sont des immigrés, des étrangers et si une moitié se tait, l’autre - bientôt majoritaire avec le concours du CRIF, Erner et Glucksmann - se dit que ce sont des arabes et dès lors que c’est bien mérité. Tous ces petits qui courent dans tous les sens et pousseraient l’effronterie à vouloir se rafraîchir ne sont-ils pas des suppôts du Haaaaaamas, terroristes en puissance ? Et alors comme on ne peut pas toujours être en désaccord, je fais partie de ceux qui pensent que oui, un jour ce gamin de huit ans, malheureux comme les pierres dans sa vie de parias, sans ressource, ni avenir ; marqué aussi par les images en continue de ces milliers d’enfants et de mamans massacrés en Palestine et au Liban, voudra se venger. Il rencontrera trois condisciples tout autant mal dans leur peau, rongés par la haine, prêts à toutes les violences. Un jour, pas si lointain peut-être, parce qu’on l’aura méprisé jusqu’au bout, jusqu’au simple plaisir de barboter dans cinqnuante centimètre de flotte, il revêtira une ceinture explosive et répandra la mort dans une stade, une salle, une place où à leur tour des innocents, des gens bien, peut-être vous, peut-être moi, verront leurs vies s’arrêter ou, peut-être pire, sombreront dans l’horreur du deuil d’un enfant comme cela arriva à l’un des mes collègues au Bataclan !
Personne ne mérite de mourir ainsi et pas davantage de vivre dans le four des banlieues. Ces enfants sont les descendants de ceux que l’on a colonisés, souvent déjà maltraités chez eux, puis que l’on a invité à venir pour tracer nos routes, nettoyer nos rues et accomplir toutes les tâches ingrates que nous étions trop supérieur pour accomplir. Tout ceci est l'œuvre intégrale de cette Cinquième République avec laquelle il conviendrait de rompre sans plus attendre, une fois atteint ce stade d’abandon moral. Nous avons fait des Africains et Maghrébins nos esclaves modernes. Logés, non, entassés dans des tours avec les mêmes égards que l’on porte au bétail et encore, pas tout le temps ! Les grands-parents l’ont voulu, les parents l’ont accepté, les enfants ont protesté, les petits-enfants n’en peuvent plus ! Car leurs logements vieillissants se sont abîmés, les familles nombreuses n’ont plus de place. Même le regard porté sur eux s’est dégradé. A tel point que dans l’esprit étroit du français de base - un pauvre con, pour y aller franco ! - tous les arabes et tous les noirs sont devenus des Kouachi et des Coulibaly. Voilà pourquoi une partie de ce pays éructe sans filtre ni pudeur, sa haine irrationnelle à l’égard de Bagayoko et voici comment sa police crève les piscines dans la fournaise des quartiers. Un pays dont le pouvoir massacre des manifestants qu’il appelle des écoterroristes pour protéger des méga bassines illégales destinées à quelques gros exploitants agricoles et accepte que sa police crève de petites piscines où se rafraîchissent les gamins des banlieues accablées de chaleur, est un pays qui, perdant tout sens moral, va mal, très mal !
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