À un an tout pile de la Présidentielle la plus incertaine et possiblement la plus folle de l’histoire de feu la Ve République ( je dis feu parce que j’espère bien voir gagner mon camp et, moi qui suis né la même année, je ne voudrais pas mourir avant elle), il n’aura pas fallu plus de quinze jours à Jordan Bardella pour changer de statut. Lisez bien de statut et non de stature, car il a beau se balader au bras d’une très jeune blonde, le type est toujours aussi minable avec son regard vide et son charisme de poulet de batterie. Le soi-disant enfant du 9.3, qui n’est en fait qu’un fils à papa gavé de privilèges depuis sa jeunesse, fricote donc - d’après Paris Match et les Echos - aussi bien avec une princesse de pacotille qu’avec la crème du patronat. Le type qui se voulait proche du peuple est en réalité inféodé à l’aristocratie de robe (Dior), raison pour laquelle du reste, le RN est de plus en plus prisé de la « belle » bourgeoisie. Phénomène relativement nouveau comme le révèlent les résultats des municipales dans les quartiers de la « haute », XVIe en tête, où Sarah Knafo a frisé les 30 %, là où d’habitude les Fillon, Pécresse, Sarko et Macron ne laissaient rien aux autres. Nous en arrivons à ce paradoxe absurde et démentiel : là où l'extrême-droite ratisse le mieux, c’est chez les bourges et les prolos.
Car, si dans le premier cas il n’y a vraiment rien d’étonnant, tout dans le second relève de l’incohérence et, pour parler légèrement plus cru, de la connerie déjà bien épaisse. Que le parti ait été fondé par la Wafen SS ne semble pas défriser le métalo et le livreur d’Amazon, mais au moins pourrait-il se trouver légèrement indisposé par d’autres faits largement documentés. Le RN a voté, pour cette seule dernière année parlementaire, contre la taxe Zucman, contre le rétablissement de l’impôt sur la fortune, contre le blocage des prix de l’essence et des produits de première nécessité, contre l’augmentation du SMIC ! Passons sur tout un tas de votes anti-sociaux et humains dont ils sont les champions, main dans la main avec le bloc prétendument central !
Ces gens-là sont insignifiants, sans vision, ni réflexion, mais ils sont terrifiants. Ce sont des usurpateurs, des menteurs patentés, capables de se faire passer pour ce qu’ils ne seront jamais : des démocrates proches des gens. Ils n’ont pour argument et intention que la haine de l’autre. L’autre, c’est l’étranger, celui qui n’a pas le droit de vivre correctement puisqu’il n’est pas né au bon endroit, l’étranger en premier lieu mais tout autant ceux qui défendent le droit à la dignité, la diversité de la culture et de la création, la recherche, l’universalisme et l'environnement. Ce sont des bas-du-plafond qui redoutent tout ce qui les dépasse, tout ce qu’ils ne sont pas plus aptes à tolérer qu’à comprendre. Les sondages, dont plus un ne semble sincère et fiable, placent donc cet ahuri de la crêche, loin devant tous les autres. Y compris Mélenchon qui a certes le double en âge, mais aussi cent fois plus de neurones. En sorte que le patronat, dont quelques-uns de ses ressortissants tiennent aussi les médias et les instituts de sondage qui vont avec, sans même avoir peut-être eu à se concerter, se sont mis à gonfler le jabot du jeune merle, ses pourcentages et ses heures d’antennes. Pour le patronnat, tout est bon, tout fait ventre, à part évidemment ces horribles communistes qui ne pensent qu’à redistribuer et à améliorer le sort de millions de gens, alors que c’est si bien de se partager la fortune à quelques-uns.
Édouard Philippe à la peine, traînant le boulet de ses piètres années gouvernementales, la Sarkozie définitivement embourbée dans le merdier judiciaire libyen, Glucksmann ayant excellé dans la médiocrité malgré la main tendue des médias, il ne reste plus de solution à Arnault, Pinault et au MEDEF qu’à gonfler cette baudruche en qui ils placent une confiance qui nous épate tant elle semble susceptible de péter à tout moment, la membrane méningée paraissant bien fragile. Sans compter que derrière le gros du patronat, Bolloré et Stérin poussent à la roue, puisque pour de bon, ce sont eux les premiers fachos ! Et va que je te déjeune avec Marine, va que je t’invite Jordan pour justifier un rapprochement, que dis-je un pacte qui, en vérité, ne date pas d’hier. Le fascisme, les patrons s’en foutent. Eux resteront quoi qu’il arrive, du bon côté. Le seul risque qu’ils pourraient prendre, c’est que cette bande d’incapables (vous avez vu les Chenu, Odoul, Tanguy !!!) se vautre littéralement et envoie l’économie française dans le mur. Ah bon ! Vous pensez qu’avec le Mozart de la finance c’est déjà fait ? Certes ! Mais on peut toujours mieux faire. Un peu d’ambition que diantre !
Le RN n’est pas un parti normal et on ne compose pas avec ces gens-là, mais il se trouve que le Medef ne l’est pas davantage et c’est donc là que tout devient possible. Ce que Trump et Musk ont réalisé ensemble, ce coup d’État sur la démocratie américaine, Bardella - ou Le Pen - et Arnault, Bolloré et les autres peuvent très bien l’accomplir en établissant sur la légitimité d’un scrutin, un régime autocratique, libertarien et, pour dire le mot, avec lequel les bourgeois centristes ont tant de retenue, fasciste ! Le Rassemblement National a donc détourné plus de 4 millions aux instances européennes qu’il exècre tant, s’est nourri de fonds russes et peut-être de ceux du fameux Epstein, sans parler du papa de Marine - ce brave homme - suspecté de captation d’héritage, qui a accumulé des fortunes y compris dans le château de Montretou qui, de Saint Cloud, domine la Seine, mais il ne rougit pas lorsqu’il se présente comme le parti des pauvres ! Blancs certes, mais pauvres !
Remarquez, à défaut d’être près du peuple, le voici très people. L‘écervelé vient en effet de bâtir cette jolie romance qui plaît à Paris-Match de Bolloré et à Jour de France de Dassault. La dulcinée, je ne vais sûrement pas vous l’apprendre, n’est autre qu’une princesse. Mais si ! Le conte commence super bien, non ? Maria-Carolina Bourbon des Deux-Siciles (dont les parents se prénomment Charles et Camilla, faut quand même le faire !) sort à peine de l’oeuf, ce qui en fait putativement une premier dame de France de 23 ans. Voilà qui s’appelle brûler les étapes... avant de brûler tout le reste ! Mais enfin, je me permettrais pour finir, de modérer votre enthousiasme car, objectivement, le destin de ce couple Barbie - je pense à la poupée pour elle et à Klaus pour lui - devrait s’achever parmi trois millions de followers sur tic-toc, plutôt que sur le perron de l’Elysée. Parce que tout de même, les bourgeois du XVIe et le club du Medef cela ne représente que quelques milliers de votants et j’ai beau puiser au plus bas de mon pessimisme - et croyez-le, la cuve est profonde - je n’imagine pas que vingt millions de nos compatriotes - malgré le peu de confiance voire d’estime que je leur porte - puissent signer pour un tableau pareil ! |
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