Retrouver l'honneur d'être vieux ! |
Comme le chantait Brassens, faudrait quand même pas qu’on en meure, de nos idées ! Certes il était anarchiste - je n’en suis pas loin - mais on a beau défier tous les pouvoirs (d’achat compris), se méfier des doctrines et des mots d’ordres, n’avoir ni patrie, ni patron, il est des circonstances où s’engager n'est plus une option. Dans une sorte de Résistance qui, lorsqu’elle se fait au nom des principes de Liberté, d’Égalité et de Fraternité - et non de quelconques bas intérêts -, vous rapproche sensiblement de l’Humanité. Je commence ainsi cette avant dernière chronique, en pensant à notre camarade Martine, que les lecteurs de Médiapart ont appris à connaître. Une sorte de stakhanoviste du militantisme, omniprésente aussi bien sur les réseaux, par la plume et les témoignages, que sur le terrain où, entre Port-de-Bouc et Marseille intra-muros, elle ne manque ni de cages d’escaliers à grimper, de panneaux à afficher et de conflits à gérer. Bref, elle nous a fait péter un bel infarctus en pleine préparation du premier tour et c’est finalement un miracle qu’elle soit encore là pour terminer le combat du deuxième. Je comprends que sa carcasse, qu’elle ne ménage pas assez, la rappelle à l‘ordre et ce d’autant mieux qu’en ne faisant quasiment rien, en subissant davantage les événements que de le combattre, en m’indignant de l’indifférence ou la fâcheuse complicité de mon entourage, j’ai aussi perdu le sommeil et retrouvé mes vieilles arythmies et autre extrasystoles qui me harcèlent à chaque temps fort et tempête, depuis la naissance de mon premier fils.
Et c’est à cela que l’on voit que je suis vieux, car je commence à évoquer mes petits soucis de santé. Bon mais j’arrrête de me flageller car même en temps que relativement vieux, je m’honore et me délecte de me trouver sans réserve aux côtés des jeunes. Beaucoup ne sont ni Insoumis, ni Verts, ni militants ou activistes, mais depuis la présidentielle de 2022 - où ils se sont découverts une conscience en appuyant la candidature de Mélenchon -, ils n’ont jamais cessé de grossir les rangs de la gauche, bien souvent sans idéologie préconçue, mais au feeling, en saisissant bien les enjeux de ce premier quart de siècle, où la respect de la nature et de la personne humaine ne font plus qu’un. Toutes ces soi-disant valeurs défendues, de l’extrême libéralisme de Macron à l’ultra-nationalisme de Le Pen, ne sont plus en phase ni surtout à la hauteur des enjeux d’une planète qui se réchauffe excessivement, tandis que les relations se refroidissent rapidement. Ce n’est pus de croissance et d’oppulence dont nous avons besoin, c’est d’équité, de sobriété, de solidarité. Pas le même programme que les sauvages de la finance et de la Silicon Valley.
48 % des 18/24 ans ont voté pour le Nouveau Front Populaire et encore 38 % des 25/34 ans ! Je vous donne, car il faut bien rire un peu le résultat de Macron, le fameux jeune président pour la même tranche d’âge : 9 % ! Alors chez les plus vieux, c’est exactement l’inverse. Le NFP n’obtient que 21 % chez les 60 ans et plus, tandis que la coalition présidentielle totalise 27 % Quant à l’extrême droite elle totalise chez les plus vieux 32 %, comme s’ils éprouvaient une certaine nostalgie du bon vieux temps du Maréchal, eux qui sont nés pendant la guerre ou dans les deux décennies suivantes ! Alors là, en effet, on peut l'écrire : la vieillesse est un naufrage ! Enfin bon, si ces élections procurent bien du tracas elles peuvent, je viens d’en faire la démonstration, vous filer un sérieux coup de boost et de jeune. Et lorsque je lis ces chiffres, je comprends mieux aussi pourquoi je me sens bien plus proche de mes petits-enfants. Tellement jeune que j’ai passé cinq heures et quelque, mercredi, place de la République. Enfin pour ne pas trop enjoliver la réalité, j’étais en streaming, assis devant mon ordinateur. Les sensations n’étaient pas si fortes, manquaient la petite bise parisienne qui valait bien mieux que la canicule qui approche et les effluves de shit, de sueur et de frites ; l’émotion de la foule qui roule comme la houle et les drapeaux qui claquent en quête permanente de liberté…
Mais c’était bien. Un peu long, mais enrichissant. Motivant. Régénérant. Instructif aussi. Moi qui n'avais jamais pu écouter un morceau de rap jusqu’à son terme, qui éprouve les pires difficultés avec le slam et sa pseudo poésie, je me suis laissé faire et parfois conquérir. À coups de coeur, on se fait souvent avoir. Y avait des trucs insensés : La Bête, Mauvais Oeil, Bagarre, Isia, Piche. Des trans et des transes. La diversité. Dans ce défilé permanent d’artistes (c’est ainsi qu’ils se définissent, je dirais plutôt de baladins) j’en ai retiré trois que j’écouterai peut-être plus tard : Zaho de Sagazan, Martin Luminet et Sidi Wacho - vraiment très chaud !- Et entre des slogans repris par des dizaines de milliers de jeunes voix exaltées - On est là, Siamo tutti antifascisti, No pasaràn - de brillants et célèbres intervenants de tous âges, souvent des vieux aussi, animés d’une âme combattante, d’une conscience encore vive. Des actrices : Godrèche, Balasko, des personnalités diverses, de Jacques Toubon (ancien ministre de droite et défenseur des droits) à Christiane Taubira en passant par la prix Nobel Annie Ernaux, Julia Cagé, Rokhaya Diallo, Cyril Dion et je dois bien en oublier. Il y avait aussi Gauvain Sers sur lequel je vais revenir sous la chronique, pour les raisons que vous allez découvrir.
Si nous étions des centaines de milliers devant nos écrans, il y avait presque autant de monde sur la place si bien nommée de la République. Soixante mille personnes pour un meeting géant jamais égalé en France. Soixante mille raisons d’espérer...
Toutes et tous à République Revivez cet événement incroyable https://youtu.be/RMY5LFuR1Xw |
Gauvain, sa peine et sa grand-mère
Gauvain Sers, de mon point de vue, on ne le connaît – on ne le reconnaît - pas assez dans notre pays. Originaire de la Creuse, ça ne l’a pas bien aidé, faut l’admettre ! C’est un enfant de Jean Ferrat et d’Alain Leprest. Il a été aussi adoubé par Renaud, mais il a heureusement mieux tourné ! Ce sont mes enfants qui me le firent découvrir - Pourvu qu’elle ne me trouve pas ridicule … - et cela aussi, ça compte. Aimer les mêmes choses que ses petits-enfants, cela aide à continuer la route. Alors, il aurait chanté les vertus du pognon et la grandeur de la France, pas sûr que je m’y serais attaché. Mais là, voyez, c’est tout pile ce que je pense. Après le premier tour, il a pris sa guitare et s’en est allé chanter cette ode à sa grand-mère, au pied de la statue de la République. Une ode et une incantation. Ce n’est pas du Aragon c’est un fait, mais cela vient des tripes. Et l’on guette fiévreusement tout ce qui nous fait du bien... A voir sur ma chaine Youtube https://youtu.be/FUipkvWrV_4
Si tu voyais grand-mère, de ton ciel, tout là-haut, Ton pays qui se perd, t’en aurais des sanglots, Toi qui as combattu, tous les marchands de haine J’crois qu’tu serais abattue de savoir qu’ils reviennent. Si tu voyais grand-mère, tu comprendrais pas bien Qu’on retourne en arrière et qu’on retienne rien. Toi, t’as connu l’époque où l’on prenait la rue La jeunesse faisait bloc et chantait les Bérus.
Si tu voyais grand-mère, qu’on est fait comme des rats, Tu dirais à grand-père, que la France de Ferrat, De Jaurès et d’Hugo, s’effiloche chaque matin. Celle qui r’vient au galop, c’est la France de Pétain.
Si grand-mère tu voyais, les commémorations, On se dit « plus jamais », on répète « attention », Sûr qu’on aime nos héros du passé, en revanche, On leur plante un couteau dans les urnes le dimanche.
Si tu voyais grand-mère, le mépris tout là-haut. Ils attisent la colère et récoltent le chaos, On pourra remercier Jupiter et sa clique, De nous avoir flingué tous les services publics.
Si tu voyais grand-mère, les familles aux abois, Les ceintures qui se serrent, pour boucler les fins d’mois, Les caddies font grise mine, on croit plus aux lendemains Et quand tout est en ruine, les vautours s’frottent les mains.
Si tu voyais grand-mère, les héritiers d’Vichy, Le même vocabulaire, mais les dents ont blanchi, Ils diffusent leurs discours sur les plateaux partout Et ils attendent leur tour au domaine de Saint-Cloud.
Si tu voyais grand-mère qu’il y a même des fachos Qui lèvent le bras en l’air et rigolent de Dachau, On a des livres d’Histoire, des minutes de silence Mais on perd la mémoire bien plus vite qu’on n’le pense.
Si tu voyais grand-mère, la peur des différences. Les tâches brunes prolifèrent sur la carte de France, Toutes les digues se fissurent et peu à peu je crains Qu’on dénonce sur les murs l’origine du voisin
Si tu voyais grand-mère, toutes ces femmes comme toi Qui se lèvent et espèrent disposer de leurs droits. Tous les jours, on surveille les élans qui retombent Faudrait pas qu’Simone Veil se retourne dans sa tombe
Si tu voyais grand-mère, qu’au pays d’Jean Moulin La résistance prospère, mais elle perd du terrain. Il nous faut des repères et je comprends, ému Pourquoi tu m’as offert la peste de Camus
Si tu voyais grand-mère, de ton ciel, tout là-haut, Ton pays qui se perd, t’en aurais des sanglots, Toi qui as combattu tous les marchands de haine. J’pense à toi et ça m’tue de savoir qu’ils reviennent |
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