N’entamons pas cette chronique sur un lourd malentendu, je n’ai évidemment rien contre le porc ! A la limite, pas davantage contre ceux qui en mangent. Rien contre moi non plus, puisque figurez-vous que je ne refuse jamais une tranche de bon saucisson et qu’à l’heure où je sévis, un filet mignon patiente dans le bas du frigo. Tenez, comme on se dit tout, parfois il m’arrive de regretter de n’être pas juif ou musulman tant il sont choyés et respectés dans notre pays (!) mais en imaginant que je devrais me passer à jamais de rillettes et de sac d’os, je dis finalement : non merci ! Je pressens votre impatience et cette question qui vous démange le groin ! Est-ce que tu t’attablerais, par exemple, un dimanche après la messe à l’un de ces banquets du Canon français où le cri du cochon rivalise avec celui de Patrick Sébastien ? Faut voir ! La question se posera, qui sait, un peu plus tard, puisque j'apprends que celui du 26 novembre, qui se tient dans mon pays d'origine, affiche complet. Trois mois avant, à Albi, chez Jean Jaurès, deux ou trois mille couillons se précipitent pour réserver leur banc et exalter tout ce que le fondateur de l'Humanité exécrait ! Rude symbole. Parce que se retrouver entre « bons français », comme ils disent presque en chœur en malmenant la Marseillaise et le bras parfois tendu vers on ne sait quelle folie, constitue déjà à mes yeux une démarche "particulière". Comment peut-on se lever le matin et éprouver l’envie de ne côtoyer que des « bons français » ? De s’agglutiner au milieu d’une bande de clones qui éructent en se dandinant, des niaiseries classiques telles que Les yeux d’Emilie, La Goffa Lolita, Santiano. Et à la fin du fin : Dehors les arabes ! Des types d'apparence joviale et bien en chair que l’on repère plus à leur transpiration qu’à leur inspiration et dont l'attribut d’une tête ne semble destinée qu’à porter le béret ! Et attention, foin de polémique encore une fois, je n’ai rien non plus contre le béret, la preuve étant que j’en ai même un au frigo... ah non ! celui-là il est dans la penderie qui m’attend pour aller se balader, posé sur le mien de teston, dès qu’il fera bon, c’est-à-dire un peu plus froid.
Les grands rassemblements festifs où les propos débordent après le vin, très peu pour moi. Mais aspirer à rencontrer des personnes différentes - à condition qu'elle soient égales -, des gens biens (des jambon aussi, d’accord) des musiciens, des physiciens, des techniciens de surface ou supérieurs, des noirs, des suédois, des arabes, des grands, des gros, des beaux, des laids et même, soyons fous, des gros laids arabes… pourquoi pas ! Mais des français, que des francais qui adulent Sardou - les Ricains et le temps des colonies ! -, tournent des serviettes, brandissent des drapeaux à fleurs de lys et votent passionnément à droite, très à droite, voilà qui rompt forcément et fortement les liens avec cette convivialité prétendument recherchée. C’est du communautarisme, de l’intégrisme. Et non seulement il s’agit de séparatisme racial mais tout autant social, parce qu’à quatre-vingt balles la charcutaille et le gros rouquin, y a plus besoin de repousser les musulmans avec le porc et l’alcool, c’est à la taille du porte-monnaie que se cooptent aussi les beaufs et les blondes, garants de notre pureté nationale.
Vous m’objecterez, si vous n’êtes pas fragiles de l’estomac, que tout cela reste léger et prêterait plus à sourire qu’à se bouffer le foie - gras ou pas ! - On pourrait en convenir si les initiateurs de ces raouts bien réacs ne descendaient directement de cette noblesse qui ne portait pas la République en son sein. Concepteurs du Canon, Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse et Géraud du Fayet de la Tour, sont deux héritiers d’une aristocratie qui, deux-cent-trente ans après la Révolution française, se reconstitue patiemment et sournoisement, faute d’avoir été correctement éradiquée. Bien sûr, ces deux startupers de la gaudriole ont d’abord pensé, comme tous leurs congénères, à se faire un max de pognon, c’est même leur idéal, le Graal de leur existence. Mais s’ils prétendent ne pas faire de politique – je vous déconseille d’aller gueuletonner en portant un maillot « Mélenchon 2027 » ! - ce n’est quand même pas un hasard si l’on retrouve sur la trajectoire de cette beuverie dégénérative, le fameux, l’illustre Pierre-Edouard Stérin. Un milliardaire qui prétend purifier la France mais qui entame le processus en allant s’installer en Belgique ! Ce que l’on appelle, dans le jargon, un évadé fiscal ! Plus personne n’ignore ce que porte et représente ce redoutable personnage. C’est d’autant plus nécessaire que pour combattre efficacement un ennemi, il convient de bien le connaître. Reconnaître la pieuvre qui infiltre ses tentacules à travers la télé, internet et ce que l'on appellera la culture populaire, les fêtes de villages, les plus beaux ceci, les meilleurs celà... qui rongent le cervelet d'une population un peu simplette, mais surtout bien anesthésiée. Nous avons déjà évoqué son effrayant projet, en cours de réalisation, bientôt de finalisation, portant le doux nom de PERICLES (à une inversion de lettre près, cela donne péril clés !) Terrifiant acronyme en effet où s’enchaînent les dingueries telles que patriote, identitaire, chrétien, souveréniste… Un programme absolument délicieux, tout en nuance, en tolérance, en subtilité … comme une ritournelle de Patrick Sébastien.
Pas étonnant alors que le Canon français tourne en boucle à Béziers chez Ménard, à Carcassonne chez Barthès, mais aussi qu’il se rapproche du Puy du Fou, une autre calamité nationale. Car c’est dans le même esprit que le chouan de Villiers et son pendant Retailleau, réécrivent l’histoire et souillent la République tout en feignant de la défendre. Eux aussi bourrent les gradins et les crânes vulnérables. Car si l’on y picole moins, on se saoule tout de même de combats épiques, de jeux de lumières, de poudre aux yeux, de chimères et de dénis historiques. C’est ainsi à travers les grandes bouffes et les récits imaginaires que prospère sous nos yeux et sans complexe, cette droitisation qui n’exalte plus que l’hégémonie d’une race, la prévalence d’une religion, la soumission à Dieu, au Roi. A l’ordre !
Si nous ne sommes pas collectivement convaincus et déterminés à défendre l’universalisme et même l’internationalisme, qui seuls garantissent une paix fraternelle, notre civilisation retournera à l’âge de pierre de l’esprit, aux temps les plus détestables de l’inhumanité. Voyez bien que c’est vers cela que tend cette Union des droites où, de Darmanin à Zemmour, toute une bourgeoisie consanguine converge maintenant allègrement. Parmi ceux qui les suivent, il n’y a pas que des salauds, il y a aussi des idiots qui font tourner leur serviette en braillant : « Moi, monsieur, je ne ne fais pas de politique. Je veux seulement être libre et m’amuser… » Entre bons français !
Que me demandiez-vous déjà, toute à l’heure ? Ah oui : « Est-ce que je pourrais participer à l’un de ces banquets du Canon français ? » A votre avis ? Sans rire ? Sans vomir ? |
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