Bien que ne les ayant rejoints qu’assez récemment je le regrette déjà. Les réseaux sociaux ont ceci d’assommant que, dès lors qu’on s’y colle, ils ne vous lâchent plus. Alors, s’il s’agit de « parler foot » sur facebook, de suivre les folles aventures du cousin qui va traquer le nerval dans la golfe de Guidée sur instagram, cela ne prête à aucune conséquence, ne creuse pas la tête en même temps que cela n’a aucun intérêt. Mais si l’on se frotte aux réseaux d’actualités et que l’on se pique au jeu : prise de tête assurée ! Évidemment il n’était pas question d’aller se perdre sur l’ancien twitter, rebaptisé X, véritable marigot où l’on retrouve une effrayante escouade de dégénérés fascisants pour qui la jouissance suprême consiste à jeter des bananes à Bagayoko et couvrir d’injure Rima Hassan, comme naguère ils conchiaient ce qu’ils appelaient la juiverie, en bon descendant des miliciens vichystes et pratiquants des chapelles catho-intégristes.
C’est un vieux débat qui pour moi est tout tranché et sur lequel je ne manquerai pas de revenir : oui c’était mieux avant ! Non pas l’avant des gamins qui n’avaient accès à l’école qu’à condition de franchir cinq kilomètres à pied et des conditions inhumaines, pas avant le frigo, le train et les bibliothèques. Mais avant ce glissement habile parce qu’imperceptible, où nous sommes passés des rigueurs d’une époque qui avait du sens aux extravagances de la consommation, du prêt à porter, à dépenser mais surtout à penser. Nous avons tous en tête l’image récurrente des moutons qui suivent le berger vers le précipice, celle de Charlot dans Les temps modernes qui visse toujours le même boulon, puis les boutons de la blouse du voisin et jusqu’au nez du contremaître, celle de ces profils clonés qui se suivent sur des rails, prolifèrent et forment un serpent infini disparaissant vers le néant.
Je ne suis évidemment pas sur X, parmi les dingues de Musk et Trump, mais sur le réseau concurrent d’origine canadienne - ce qui entre bien en résonance avec la guerre culturelle et numérique que se livrent les nord-américains -. Bluesky c’est évidemment plus courtois, plus fin, mais aussi plus confidentiel. Disons que là où ils se comptent par millions, nous ne sommes que quelques dizaines de milliers en France. Assez toutefois pour s’informer, se soutenir, voire se décourager, mais pour se reconnecter aussi à ce que l’on a cherché à éviter - dans mon cas cela fait plus de dix ans maintenant - : le dépotoir médiatique, notamment télévisé. Cela ne fait pas du bien au psychisme, la santé mentale en prend parfois un rude coup et je ne jugerai pas, après cette expérience que je promets d’interrompre dans quelques mois, qu’elle soit forcément utile.
Hier donc, je suis tombé sur les extraits « postés » par des « amis » relatant le premier débat avant les présidentielles. Première anomalie, il se tenait à huit mois de l’échéance alors que l’on ne sait pas bien qui sera véritablement sur la ligne de départ et, si de nouveaux candidats devraient apparaître, un certain nombre de ceux-là disparaîtront sans doute. Autre incongruité de taille, LCI du groupe Martin Bouygues avait choisi de placer les prétendants qu’elle avait elle-même sélectionnés, devant les patrons les plus politisés, ceux du MEDEF. Inutile de vous dire combien Mélenchon était placé dans les meilleures conditions face à ses concurrents - tous plus ou moins de droite certes -, mais surtout devant un public franchement hostile. Pour couronner le tout, cela se passait sur le court central de Roland-Garros, place forte de la bourgeoisie arrogante où les balles que l’on échangeait sentaient plus le souffre que la terre battue. Enfin, il en ira tout autrement lorsque Attal, Philippe, Retailleau, Glucksmann etc, se retrouveront pour un autre débat avec Mélenchon, à la fête de l’Huma ou à un congrès de la CGT. Car bien entendu, cela doit aussi être prévu par le groupe TF1 !
Je me souviens ému de mon pauvre père - c’est ainsi que l’on disait pour mieux marquer son affection et son affliction - qui me reprochait souvent de charger les patrons pour lesquels je n’ai jamais éprouvé plus de considération que pour la patrie et le pognon -. Il avait, papa, ce côté servile, ce syndrome du larbin contre lequel je partis très vite en réaction. « Tu devrais, me tançait-il, mieux les comprendre puisque tu l’a été ! » Et il n’avait pas tort ! J’avais effectivement tenu durant quelques années un tout petit commerce employant deux salariés, plus mon épouse qui faisait plus office d’esclave. Nous vivions alors tous deux avec un salaire à peu près équivalent à celui de nos employés et cela m’allait bien. Jamais je n’aurais pu me gaver de fric sous prétexte que j’avais « pris des risques » ou que je travaillais mieux ou davantage. Car, même si cela avait été vrai, je considérerai à jamais que, les êtres humains n’ayant qu’une bouche et qu’un trou du cul, ils ne devaient ni absorber ni évacuer plus que les autres !
Alors vous comprenez bien que lorsque sur Bluesky, j’ai découvert un gros plan sur cette patronne arrogante qui ricanait méchamment alors que Mélenchon expliquait à ce parterre de parvenus qu’il fallait augmenter le SMIC, mon sang n’a fait qu’un tour. Il y a certes quelques patrons en France, des artisans bien davantage, qui admettent, parfois même défendent l’idée que c’est la force de travail des salariés qui valorise l’entreprise et en aucun cas le contraire. Mais le reste, et singulièrement au MEDEF, considère que le salarié est leur sujet et qu’il est normal d’exercer un rapport de domination et d'assujettissement. Pour eux il ne s’agit plus que d’une variable d’ajustement, un moyen de production comme un autre.
Ainsi, tandis que les petites mains tentent péniblement de démarrer leur vieille guimbarde pour aller laisser leur santé au turbin, leurs chefs se chauffent le fion dans des bagnoles à cent ou à deux cent mille boules et lorsque l’été les uns crèvent dans des barres insalubres ou des pavillons miteux, les autres font le tour du monde et se pavanent dans leur palace climatisé avec piscine et vue imprenable. Depuis dix ans, sous Macron - leur complice et obligé -, ces inégalités entre patrons et subalternes se sont creusées de manière vertigineuses. Ignominieuses. Non seulement l’écart des revenus a explosé, mais toutes les protections sociales en faveur des salariés, garantes d’une certaine justice et de la paix civile, ont volé en éclat. Elle avait l’air maline cette pimbêche zoomée en train de se gausser, elle qui dans toute sa vie privilégiée, ne s’est en réalité donnée qu’une peine, celle de naître dans la bonne famille, au bon endroit et au bon moment. Lorsqu’on connaît l’infini détresse qui domine les deux tiers de la planète, on ne pavoise pas. Jamais. Devant personne. Et si l’on ne veut pas s’excuser, on se fait petit, on compatit !
Mélenchon a expliqué à cette tribune de demeurés tellement contents d’eux et persuadés de leur toute puissance, qu ‘augmenter les salaires constituait l’une des mesures essentielles afin de relancer l’économie française par la consommation, notamment des produits de base. S’il ne s’agissait pas de l’argent qu’ils accumulent, qu’ils accaparent frénétiquement, ils saisiraient aisément le sens et la pertinence du raisonnement. Mais non, « on nous prend tout » pleurnichent-ils à propos de l’impôt (sauf ce qu’ils dissimulent par de l’optimisation fiscale et toute sorte de carambouilles comptables) . Et au-delà de l’aspect pratique, logique, équitable d’une augmentation sensible des revenus les plus bas, plutôt que chercher à systématiquement le détruire, les patrons feraient mieux de suivre ou de ménager Mélenchon. Parce que si ce n’est pas lui qui accède à l’Elysée pour remettre un peu d’ordre social et humain en France, si c’est encore un de ces socio-libéraux ou libertariens qui vient poursuit le massacre au profit des nantis, ce sont leurs privilèges pharamineux qui seront menacés par le peuple ulcéré, déchaîné, prêt à tout... Un visage hilare nous reviendrait alors en mémoire. Décomposé ! |
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire