Le nom de Barbut collera aux semelles de la Cinquième République comme l’un de ses innombrables sparadraps dont l'effet n'aura pas été de protéger une plaie, mais plutôt d’alimenter la chronique élyséenne. Pour nous distraire peut-être de l’extrême gravité des crimes commis par Sarkozy et les profondes blessures infligés à notre pays par Macron et l’ensemble de ses ignobles manipulations. Le premier Barbu auquel je pense ne prenait pas de T. Et pour cause, il était né dans un bidonville de Nanterre au début du XXe siècle avant de se refaire dans le business et même d'entrer en Résistance face aux Nazis et à Vichy. Un drôle de type qui se présenta au premier suffrage universel en 1965 face à de Gaulle et Mitterrand et dont la caractéristique était de pleurnicher à la télévision chaque fois qu’il prenait la parole. Le Général l’appelait l’hurluberlu ou le brave couillon suivant son humeur. C’est à partir de là qu’une révision de la constitution imposa à chaque candidat de réunir cinq cents signatures pour se présenter sur la ligne de départ présidentielle. Le brave couillon n’obtint quant à lui qu’un seul pour cent des suffrages exprimés et ce malgré son abondante progéniture de 17 garnement.e.s.
Oui je vous raconte ça pour détendre l’atmosphère, parce que l’histoire de l’autre Barbut, avec un T, la prénommée Monique, est sur le fond, bien moins drôle. Ubuesque sera le mot qui conviendra et conciliera la croisée du comique et du tragique. Nous voici doté d’une solide expérience, à ce niveau il ne faut pas craindre de parler d’expertise en termes de palinodies, foucades, lubies et autres dingueries. Le pouvoir de Macron est un savant mélange fictionnel (mais par trop réel hélas) de ce que fournirent, pèle-mêle, Molière, Alfred Jarry, Fritz Lang pour ne s’en tenir qu’à ses trois styles que tout oppose, mais que la même idée recouvre. De Benalla (homme de main -entre autre- du couple présidentiel) aux masques inutiles de Sibeth N’Dyae, en passant par les mutilations assumées de Gilets Jaunes, les répressions sur les manifestations pour les retraites, la privatisation de l’État Français via BlackRock et Mckinsey, la vente à découpe de notre industrie, les propos provocants « traverser la rue », « pognon de dingue », « premier de cordée », « j’ai envie de les emmerder », « ceux qui ne sont rien », le non-respect du résultat des élections législatives, le mépris pour les conventions et les pétitions citoyennes, la soumission aux caprices de Trump, les menaces de guerre contre un ennemi fantôme, les trois mille milliards de déficit, les 240 milliards d’aides à des entreprises dont les patrons traitent les malheureux d’assistés et nous allons en parler, du bilan écologique dont le seul mot "désastreux" ne suffit plus à exprimer l’ampleur. En utilisant cette métaphore qui pour le coup pourrait paraître hyperbolique, si elle ne révélait cette cuisante réalité : la macronie a mis le pays à feu et à sang.
On pourrait alors juger que l’insignifiante personne de Monique Barbut et son ballet ministériel ne tiennent dans ce long épisode tragique, qu’une place symbolique, figure secondaire d’un scénario catastrophe où les héros claquent des bottes et jouent de la cravache. Allons-y pour le symbole. Saint-Emmanuel-les-mains-jointe - alias Zupiter - prenait deux engagements solennels après sa réélection dans des conditions aussi peu démocratiques consistant à avoir le choix entre la peste et le choléra. Et d’une, disait-il donc, il se sentirait obligé à l’égard des électeurs qui, n’adhérant pas à ses idées, l’avaient choisi pour éliminer l’extrême-droite. On constate presque tous les jours à quel point il tient parole ! Et de deux, son quinquennat serait celui de la priorité écologique. On va tout de même s’interdire de rire, parce que lorsqu’on a atteint ce degré de mensonges et de reniements, il devient impossible, même doté d’une capacité de dérision dépassant la raison, de s’en gausser et s'en repaître.
Nous sommes bien dans ce pays qui brûle et suffoque, où l’on attend incessamment un quatrième épisode de canicule et sa probable vague de décès induits, où les sols sont asséchés en profondeur, les forêts dévastées, où certains cancers sont en forte recrudescence, mais dont la priorité pour le législateur et l’exécutif, dans le même bel élan écocidaire, est de voter une loi réintroduisant deux redoutables pesticides ! Pour le bon plaisir de l’agro-business, du lobby syndical et d’une phalange d’agriculteurs bornés certes, faisant fi d’une pétition historique marquant le refus massif de la population ! Tous obsédés qu’ils sont, de Renaissance à Bruxelles et à la Coordination rurale, par ce qui rapporte quel qu’en soit les conséquences sanitaires pour les autres, soit la quasi-totalité du pays. Tandis que Macron adhère docilement, suavement peut-être, à un techno-fascisme mondialisé dont le dessin est de se débarrasser de tout ce qui freinerait la marche et le marché d’un monde financiarisé et totalement régi par l’Occident. Blanc, masculin, valide, élitiste. Ce pourquoi militaient naguère en cercle restreint, les groupuscules fascistes.
Voici en quoi, au nom de cette idéologie, mesdames et messieurs, il était urgent d’allouer tous les crédits à la construction de véhicules de répression nommés Centaure, plutôt que de commander une flotte suffisante d’avions destinés à lutter contre les incendies. Voilà pourquoi on flatte le productivisme agricole et l’on puise l’eau jusqu’à la dernière goutte en massacrant les pseudos « éco-terroristes » et autres « islamo-gauchistes » bien plus faciles à combattre que des hordes de tracteurs déferlant sur Paris au nom de leur seuls intérêts mesquins et ravageurs pour l’environnement. Voilà pourquoi l’on nomme à ce ministère de misère, une femme issue de l’une des rares ONG marquée à droite (WWF) tellement férue d’écologie qu’elle possède des actions dans 27 grandes entreprises pour la somme déclarée (je dis bien déclarée) de 153 000 euros chez BNP-Paribas, LVMH, Loréal, Air Liquide (gaz industriels), Iberdrola (énergie, notamment fossile), Dassault Systèmes (logiciels), Allianz et AXA (assurances), les banques BRED et Banco Santander, Inditex (fast fashion, propriétaire de Zara), Pernod Ricard (alcool), Sanofi (industrie pharmaceutique), Thales (défense). Tous honorablement connus pour le vif intérêt porté à la préservation de notre environnement. Il faut ajouter à ces broutilles un patrimoine hors du commun approchant les cinq millions, parmi lesquels un appartement de 250 m² à Paris, une villa de luxe à la mer et un joli diamant de 30 petits millions sur le gâteau.
Autant dire que ce ne sont pas les deux millions de signataires contre la loi Duplomb, les avalanches de cancers qui vont déferler y compris sur les enfants avec la réintroduction de l'acétamipride et flupyradifurone qui vont impressionner cette ministre de bonne fortune. D’autant qu’elle va contribuer à sauver noisettes et betteraves, ce qui n’est pas le moindre des actes de bravoure. Et en permettant aux gros agriculteurs de pomper et de capter les dernières ressources en eau au détriment de petits paysans de plus en plus rares et miséreux et de l’ensemble de la population, la construction de nouveau bâtiments d’élevage, l’allégement des normes de pollutions des eaux et de protection du loup et en rognant sur les prérogatives de l’Office Français de la Biodiversité, madame sert avec brio la grande cause écologique du deuxième mandat d’Emmanuel Macron.
Et dire qu’elle avait démissionné ! Comme avant elle Lecornu. Avant de changer d’avis deux heures après et une rencontre avec le guide suprême de la déconfiture programmée. Elle aurait tellement manqué à la cause ! On entend dire souvent, notamment lorsque c’est Jancovici, Hugo Clément, Delphine Batho ou quelques fin navigateurs tels Isabelle Autissier, que l’écologie n’est ni de gauche ni de droite. Vu par ce bout de la lorgnette, elle n’est surtout ni de gauche... ni de gauche. Pour les autres, c'est-à-dire quatre-vingt quinze pour cents des écologistes, il ne reste plus qu’une issue : aller péter la gueule au capitalisme par les urnes. On verra ensuite s’il faut ressortir les fourches pour crever les pneus des Centaures de Laurent Nunez ! |
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