Vous connaissez mes colères. Elles sont abondantes, débordantes. Elles nous ramènent toutes à la même réalité d’un monde épouvantable qu’il suffirait de peu de chose pour rendre supportable, presque désirable. Juste un peu de conscience humaine PAR-TA-GÉE. Mais on partage peu - j’en suis témoin à travers ce blog - et l’on a tôt fait de s’en remettre à son propre univers, agréable peut-être mais forcément mesquin et dérisoire. Egoïste. Il n’y a pas si longtemps, un philosophe de mes amis me rappelait ceci : « Fais très attention aux mots que tu utilises, aux idées que tu défends, à la véhémence dont tu uses, les gens ont horreur qu’on leur donne des leçons. » Merci du conseil l’ami, ces gens… je les emmerde !
Je me demande qui, en France, parmi les honnêtes citoyens, bien comme il faut, qui ne bordélisent pas la vie politique et défendent les valeurs de la République et de mes c… ont entendu parler du docteur Hussam Abu Safiya... Pas ceux qui reposent la totalité de leurs neurones sur le journal télévisé ou les chaînes bêlantes en continu. Mais à vous, je ne donne aucune leçon, c’est entendu. Vous savez !
Hussam Abu Safiya dirigeait, entre deux salves de fusils mitrailleurs - peut-être fabriqués et livrés par la France -, une grappe de missiles et une volée de drones, le plus grand hôpital de Gaza, Kamal Adwan. Avant le 7 octobre, l’exercice de la médecine y relevait déjà du funambulisme, entre discontinuité territoriale avec le reste de la Palestine, blocus de l’enclave et harcèlement récurrent - le colon israélien est taquin par nature -. Après que ce commando, sanguinaire autant que stupide, eut commis l’attentat sur lequel repose tout le reste du scénario savamment calculé par l’extrême-droite israélienne et consistant à l’épuration ethnique débouchant sur le génocide en cours, ce fut un miracle permanent. Ici, comme à Khan Younès et Rafah, tous les hôpitaux, même éventrés, restent des cibles privilégiées. Ce sont des endroits stratégiques où l’on peut aisément achever le « travail », il y a beaucoup de monde, sans défense sauf lorsqu’il s’agit de membres du Hamas. Sans forcer son imagination, l’armée d’occupation s’abrite derrière l’hypothétique présence de combattants pour détruire méthodiquement toutes les infrastructures hospitalières, les patients et les soignants qu’elles abritent. Il n’est évidemment pas certain qu’ils soient planqués là, mais peu importe ! Dans le doute on abat tout le monde. Tout le monde, c’est-à-dire les civils, femmes enceintes et nourrissons sur lesquels veillaient ici notre pédiatre. Pour les génocidaires c’est tout bénef, puisque selon leur attendrissante théorie, tous ces bébés et même les fœtus sont des terroristes en puissance. Pour ceux qui ignoreraient le lexique ancestral des États fascistes, le terroriste, c’est celui qui résiste. Un peu comme en France, pour les amis d’Enthoven, Fourest, Bergé, Yadan et j’en reste là, les défenseurs du docteur Abu Safiya et de tout le reste du peuple palestinien, sont des antisémites !
Privé de lits, qu’il multiplie pourtant à la manière de Jésus - effectivement natif de pas très loin -, d’essence pour faire fonctionner les groupes électriques, de médicaments, de produits désinfectants, le directeur multiplie les prouesses à l’image d’un peuple capable d’arracher sans cesse à l’horreur, des fragments de vie et d’espérance. Le 25 octobre 2024, Ibrahim, son propre fils, est tué par une frappe de drone à l’entrée de l’hôpital. Un mois plus tard, c’est lui qui reçoit six éclats d’obus dans une jambe. Toujours debout ! Jusqu’au 27 décembre. Israël décide l’évacuation totale et par la force de l’hôpital. Dans sa tenue blanche de praticien, Hussam s’avance dans cette rue fantôme d'immeubles éventrés. Faisant face aux tanks venant détruire ce qu'il en reste, il s’avance et s’interpose. On ne le reverra plus ! Embarqué par Tsahal, il est d’abord retenu dans le camp de Sde Teiman. Prison secrète perdu dans une base militaire en plein désert. On n’y entend pas les cris des suppliciés torturés, violés, condamnés à parler et avouer y compris ce qu’ils ne savent pas. Beaucoup sont de braves gens, des âmes pures, bienfaiteurs de l’Humanité, mais ils sont arabes ! Ils doivent donc le reconnaître au bout de leur dignité, leur souffrance, leur vie, ce sont des terroristes du Hamas.
Hussam Abu Safiya fera face à cette barbarie sans même avoir recours à un avocat. Puis il voyagera, changera trois fois de prison. Cela fait un an et demi que ça dure, qu’il endure sans motif sincère et sans procés. Celui qui maintenant le défend témoigne de sa longue descente en enfer. Un corps famélique, un visage tuméfié à peine identifiable, l’expression d’une souffrance extrême, un corps désarticulé, un cœur qui demande grâce. Ce que vit le directeur de l’hôpital nord de Gaza, est certes emblématique mais n’est rien d’autre que la reproduction du sort d'un peuple supplicié. Le seul dessein du régime israélien est d’en finir avec lui. Dans l’impossibilité diplomatique de l’éliminer jusqu’au dernier, il entreprend de l’anéantir en l’effrayant, de l’inciter à fuir ses propres terres. Les pires horreurs sont documentées et concédées tels que les viols par l’intermédiaire de chiens dressés pour cette noble cause (!) les pénétrations avec un tas d’objets provoquant des blessures indicibles. La liste des sévices infligées est infinie, inouïe, insoutenable. Ici ce n’est pas Dachau ou Auschwitz… non, c’est pire ! Dans l’esprit sinon par le nombre.
Partout dans le monde, des gens révulsés se révoltent. S’exposent aussi à la répression des polices complices de Nétanyahou. Des gens oui, quelques dizaines, au mieux quelques milliers. Pour les millions d’autres, c’est juste un regard à travers la lucarne menteuse ou dissimulés derrière le rideau épais de leur inconsistance : « C’est bien triste peut-être mais ce n’est pas notre affaire. » C’est aussi ce que disaient les mêmes, lorsque Laval, Darnand, Papon organisaient les rafles de juifs un peu partout dans notre beau pays, la France !
En écrivant cette chronique, il m’est revenu d’un coup, l’image parallèle de ce jeune homme dont l’identité reste incertaine, quelques décennies passées. On le baptisait Tank man, l’homme de Tian’Anmen. 5 juin 1989. En pleine révolte de la jeunesse chinoise contre le régime et tandis que les chars de la République Populaire avançaient vers les manifestants, il sortit de la foule et se dressa seul face au terrible convoi à l'entrée de la place. Lui aussi fit, à sa manière, don de sa vie à l’humanité. Jamais on ne le revit et suivant les versions, il aurait été fusillé ou aurait pu choisir l’exil. Mais ce que je retiens de cette juxtaposition, au-delà du courage et de la tragédie de ces hommes, c’est que les médias occidentaux choisirent de surexposer durant des semaines - et c’est tout juste s’ils n’en parlent pas encore ! - la répression chinoise, tandis que les mêmes restent pudiques, évasifs, quand ils ne sont pas muets, devant l’horreur permanente qui frappe deux millions de Gazaouis.
* N’oublions pas non plus Marwan Barghouti, le dirigeant Palestinien enlevé il y a vingt-cinq ans par Israël et détenu depuis dans des conditions de maltraitances régulièrement dénoncé par son entourage. Charismatique et fédérateur, il est la principale figure de la lutte pour la création d’un État palestinien totalement indépendant par rapport à Israël. Lequel ne cesse de vouloir étendre son hégémonie depuis sa création en 1948. La santé de Barghouti ne cesse de se dégrader et les conditions de sa détention s’apparente à une lente mise à mort. |
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