En même temps que de s’hydrater et se ventiler, il est absolument nécessaire de s’aérer l’esprit, s’évader notamment du débat public tels que l‘orchestrent et le biaisent (d’où l’expression on s’est bien fait…) les gouvernants, l’oligarchie et les médias que les Gilets jaunes baptisaient, autour du brasero, les « merdias » - il m’aura fallu plus de temps pour m’y faire et en adopter la trivialité -. Sans même nous en rendre compte, sans l’accepter au moins, la plupart d’entre-nous restent dépendants et conditionnés par cette machine à déformer la réalité, à formater les idées, à broyer les consciences. Jadis il y avait les journaux, naguère la télévision, désormais les écrans, quels qu’en soient le format. La seule chose qui évolue peu, c’est l’appartenance des uns et des autres au pouvoir, celui de l’État, celui de l’argent, et ces deux-là s’entendent comme larrons enfoirés pour faire de chacun de nous des marionnettes, des pantins alimentés de pain, agrémentés de jeu. Et p… cette recette fonctionne encore ! Sociologues, psychologues, ethnologues, anthropologues, climatologues, se penchent sur la question en se grattant la tête sur cette unique et insondable question : pourquoi les êtres humains restent à ce point manipulables, corvéables, minables. N’appartenant ni aux catégories de ceux qui agissent en « ogues » ni qui subissent en « ables », je me bornerai à tenter de formuler les quelques recommandations qui me paraissent salvatrice.
Vous avez tous entendu, j’imagine, les grandes déclarations des repentis du dérèglement climatique, Marine Le Pen et Gabriel Attal. L’une concéder qu’il aurait fallu mieux écouter les recommandations du GIEC, alors qu’elle et ses partisans nationalistes et racistes n’ont cessé de combattre les écologistes et la nature ; l’autre déplorer que l’on n'en ai pas fait assez ! Assez de quoi ? Toi qui a eu le pouvoir pendant neuf ans et qui fut même à sa tête quelques mois ! De lignes aériennes, d’autoroutes, d’accords commerciaux, de start-ups, d’agro-industrie, de business, de marketing, de publicité TV, d’usines d’armement ? Mais ces gens réfléchissent, faut pas croire ! La cheffe du RN a lancé cette idée lumineuse, fruit d’une intense et profonde cogitation : il faut climatiser le pays. A moins d’avoir suggéré de transporter la France sur la banquise, cette bande d’incultes, mous du cervelet, ne pouvaient aboutir à une conclusion plus sotte et absurde. Alors que depuis des années, des scientifiques ouvrent des voies de planification, de bifurcation et de sobriété, les fachos débarquent et clament sans scrupule : « Arrêtez tout, on a trouvé, on met la clim ! » Non mais vous en connaissez de futurs électeurs de ces gens-là ? Oui ? Ben jetez-les direct dans leur congélateur !
Mon conseil, pour se protéger de ces écrans de fumée et de fumistes, est de profiter des opportunités que nous offre encore internet de nous informer autrement, de nous cultiver, de nous sortir le doigt de l’obscur. Faut peut-être un peu de volonté, à condition de considérer que se soustraire de la connerie ambiante implique que l’on ait à se faire violence. Il me semble plutôt qu’il s’agit de se faire plaisir. En cherchant bien dans les recoins du web, suis tombé sur un petit bijou mis en ligne par le petit média indépendant Elucid (quatre cent quarante mille abonnés tout de même !). Son animateur Olivier Berruyer recevait le biophysicien Olivier Hamant. Lorsque l’on s’aventure sur les chemins de la connaissance et de la complexité, il se peut que l’on s’égare, ou que l’on se rebute. Pas là ! Moins médiatique que son mentor et philosophe Michel Serres, mais aussi que du pétaradant Jean-Marc Jancovici ou du poète Aurélien Barreau, Hamant déroule le fil de sa pensée construite sur le temps long, avec une fluidité et une simplicité qui charment l’oreille et raffermissent les connaissances, éventuellement les convictions lorsqu’elles sont déjà forgées. Youtube ne se distingue pas des GAFAM et compte parmi les dents les plus aiguisées de l'ogre Google qui broient tout sur son passage, mais jusqu’à nouvel ordre - et je le crains fort, ce nouvel ordre libertarien et totalitaire - il reste un moyen d’exploration et d’épanouissement quasi-illimité et en toute liberté. Olivier Hamant, sa vivacité d’esprit, sa subtilité sémantique et sa splendeur messagère vous raviront peut-être, comme à l’écoute d’un concerto de Rachmaninov, d’un poème d’Hugo, d’un récital de Brel.
En à peine quatre-vingts minutes il oppose le monde de la robustesse à celui de la performance. Ce sont deux concepts gravés dans le marbre de l’humanité, mais le déséquilibre en faveur du second s’est accéléré depuis les deux siècles qui nous précédent où nous avons programmé la destruction de la planète, en ayant recours notamment aux énergies fossiles, tandis que jusqu’alors nous avions fonctionné avec le seul soleil. Quelques chiffres pour l’ambiance : 70 % des animaux vertébrés ont disparu en 50 ans. 80 % des insectes volants en 30 ans. 60 % des abeilles en 25 ans. Hamant cite Barreau et déplore : « C’est la plus grande extermination qui se soit jamais produite sur terre. Elle est mille fois plus rapide que l’extinction des dinosaures il y a soixante-dix millions d’années. » C’est tout ! Et je ne dis pas que sur TF1 et les autres, cette information n’est pas diffusée. Elle n’est jamais analysée, approfondie, essentialisée. Allez, on passe au Tour de France, à la Coupe du monde et au petit arabe qui terrorise Paris avec son pistolet à eau. Car c'est cela qui passionne l'idiot, pas l'effondrement en cours !
La performance - ce que j’appelle en la détestant profondément, la compétition -, aura sans cesse fragilisé l’écosystème, favorisé les injustices, valorisé les plus nuisibles. Ce que l’on définit comme étant le progrès et qui constitue un biais doctrinaire et trompeur de surproduction et de la consommation à outrance, contribue au déclin de l’humanité. L’Iphone ou la tablette bien en main, elle subit paisiblement corrompue par l’illusion d’un confort organisé et vendu - plutôt qu’offert – par quelques démons qui ont, dans un petit coin de Californie, érigé la technoféodalité en régime universel. Et du 45e étage d’un gratte-ciel de Shangaï, à la City de Londres en passant par Abu Dhabi, Tel Aviv et Tokyo, le monde est mené par des apprentis sorciers qui ont bien saisi qu’il n’y avait plus de temps à perdre avant que tout disparaisse. Ce sont les soldes, la braderie du vivant... L’intelligence artificielle, accompagnée de ces immenses champs de data-centers qui finissent d’achever nos ressources, participe du même scénario d’anéantissement de notre espèce, après bien d’autres, hélas. On entend encore de grands esprits nous seriner que l’IA est merveilleuse et qu’elle multiplie les prouesses, y compris sur le plan médical. Reprenons en coeur l’aphorisme d’Yvan Illich : « La médecine devient l’alibi de la société pathogène ».
La robustesse opposée à cette performance qui aura valorisé les monstres, consisterait à concevoir autrement le progrès à travers d’autres pratiques, d’autres usages. Produire localement, de manière coopérative, partager le travail, l’échanger même, recycler, réparer, consacrer du temps à l’éveil culturel et à la connaissance, pardi, apparaissent comme autant de faits et d’effets valorisants et durables. Redéfinir le progrès comme une adaptation à un mode de vie plus sobre, généreux. Robuste. Considérer à l’inverse que cette fuite en avant dévastatrice ne consiste qu’en une régression intellectuelle et morale de l’humanité. Performance. Hier, le gouvernement annonçait la suppression de l'aide individuelle à la rénovation des passoires thermiques afin de réaliser une économie budgétaire de 260 millions, tandis que la commission mixte parlementaire rejetait la deuxième pétition qui avait réuni quatre-cent-mille signatures contre la loi Duplomb 2. Cet abject sénateur - soutenu par toute la droite - tient absolument à réintroduire tout un tas de pesticides sur des sols déjà saturés de produits chimiques mortels.
Allez, faites votre choix, mais la révolution n’attend plus ! Aux urnes, aux urnes, citoyens ! Et merci pour nous tous. |
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