Souvent je me suis demandé pourquoi les canulars du 1er avril avaient quasiment disparu, présageant peut-être la suppression de la fête des travailleurs du 1er mai. Comme une sorte de constance à vouloir invisibiliser tous les premiers, ce qui en Macronie s’avère très paradoxal puisqu’on y exalterait plutôt le premier de la classe… et de cordée ! Pour ce qui est de la disparition du poisson d’avril, que l’on pourrait aussi bien imputer au réchauffement des océans, à la réduction drastique des quotas de pêche, je crois tenir une autre explication. Les infos, vraies ou fausses, deviennent tellement saugrenues qu’il n’est plus besoin de consacrer une seule date à toutes sortes de dingueries, nous sommes toujours plus ou moins le 1er avril ! Si j’y pense, un de ces jours, je tiendrai un petit banc que j’appellerais : poisson du mois. Celui de juillet est déjà de bonne taille, quasiment de nature à boucher les Champs-Elysées, ce qui portera un coup fâcheux à la réputation de Marseille, dont la sardine se croyant plus maline, bouchait pourtant le Vieux-Port. Donc je vous le livre encore frais, presque frétillant. Cette année, nous aurons en vedette pour la traditionnelle parade militaire, mesdames et messieurs - roule-ments de matraques et rugissements de soupapes -, les policiers de la Brigade de répression de l’action violente motorisée ! Plus célèbre sous le doux acronyme de BRAV-M. Avant de connaître sa signification, j’imaginais que c’était un surnom satirique dont le Canard Enchainé ou le Gorafi affublaient ironiquement cette bande de mercenaires qui se déploient lors des manifestations pour fracasser gauchos, bicots, écolos et tout ce qui en fait, se finit en o et en os cassés. Fracassés. S’il vous fallait une preuve qu’en plus de son cynisme et son arrogance, la société capitaliste est volontairement, physiquement violente, la voici !
Revenons un peu en arrière ! Je ne dis pas que la Révolution Française constitua, sur l’ensemble de son œuvre, une délicate démonstration de poésie et d’amour. Mais enfin, il s’agissait au terme de siècles d’infini servage, de permettre au peuple d’obtenir un peu de reconnaissance, de dignité et éventuellement de profiter d’un bon morceau de pain. Ils n’étaient peut-être pas deux millions et demi, comme nos actuels millionnaires - dont il va bien falloir que l’on reparle !- mais les nobles et les gros bourgeois tiraient sur la corde des petites gens depuis bien trop longtemps, pour qu’on ne finisse pas par la leur passer au cou. C’est donc de ce 14 juillet 1789 qu’est née la journée de liesse nationale, la plus grande fête civile de l’année, même si d’aucuns et notamment la bourgeoisie, lui préfèreront le Jour de l’an et son champagne. Et en effet, ce fut durant la Première République, une célébration de liesse et même d’allégresse qui marquait enfin la concorde nationale, même si l’on devine bien que certains, notamment au clergé parti en guérilla contre-révolutionnaire avec ce qu’il restait de la noblesse, devaient bien se tordre le nez dans leur coin. C’est au début de la troisième République, dix ans après la débâcle de 1870, que les va-t-en guerre, que l’on disait modérés - un peu comme le sont leurs descendants socialistes du moment -, militarisèrent l’événement et commencèrent à montrer leurs forces armées, comme des ados exhibent leurs bites. Impressionnant ! Et cela voulait dire : les pioupious tenez vous prêts, on va aller reprendre l’Alsace et la Lorraine aux Boches ! Près de 150 ans et deux guerres plus tard, un toujours jeune président montre lui aussi ses petits muscles - pour ne parler que d’eux - qu’il a gonflé à on ne sait quoi, mais en feignant notamment des bras de fer avec son copainTrump. Car oui, parmi tous les poissons dingues évoqués plus haut, il y eut cette invitation surréaliste de Macron, à peine élu, à ce sinistre président des États-Unis qui n’avait certes pas encore déployé toute l’étendue de sa bêtise et de sa folie, mais qui tenait déjà une sacrée couche de fascisme. Dix ans avant lui et toujours en début de mandat - mais lui n’en fit qu’un et cela suffisait bien aussi !- Sarkozy avait tenu à la présence, pour son premier 14 juillet de président, de Bachar El-Assad, Hosni Moubarak, Recep Erdogan… sacré brochettes de p… de dictateurs ! Macron ne se priva pas non plus de partager cette orgie d’ogives nucléaires avec son grand ami, le bien nommé Modi, autocrate Indien et meilleur client d’engins de mort made in France. Le 14 juillet, ce n’est plus l'anniversaire de la prise du pouvoir par le peuple, Robespierre, la démocratie et tout ce qui éclairera les deux siècle suivants. C’est le jour symbolique des petits arrangements mondialisés par-dessus nos têtes en sursis. Pince-fesse d’artifices - comme son feu -, parfaitement inutile mais à 3,5 millions d’euros pièces.
Non mais, là, la BRAV-M quand même, c’est Champion ! On les imagine bien ces hommes noirs de la tête au cœur, ces bêtes féroces avides de sang, cerveaux vides, tueurs de manifestants, défiler fièrement sous les applaudissements de la classe dominante qu’ils rassurent et qui, en échange, les conforte. C’est Michel Delpuech qui en constitua l’unité et celui-là ne chantait pas les oies sauvages et le vol de perdreaux. Enfin si, mais pas les mêmes… Un préfet chassant l’autre dans les marécages couverts de brume, c’est le suivant qui ordonna la chasse impitoyable aux Gilets jaunes : interpelez, tapez, mutilez, éborgnez… jusqu’à ce qu’ils rentrent chez eux, terrorisés ! Oui chef, bien chef ! Ah ça on l’imagine aussi ce Lallement, sous sa casquette trop grande, debout à bord d’un panzer, rebaptisé pour la sécurité de tous, centaure ! Centaure peut-être, mais pas sans reproche. Mais alors, les gendarmes de Sainte-Soline, ceux qui massacraient les écolos à tirs tendus et à coups d'insultes, ils n'y ont pas droit à leur parade ? Pourtant ils en ont fait du bon boulot afin de protéger les méga-bassines chères à ces gros porcs d’exploitants ! A leur place, au moins, Darmanin aurait pu obtenir que les juges, qui viennent de condamner les organisateurs de la manif qui a fait plus de trois cents blessés donc dix graves et deux dramatiques, prennent aussi part au cortège de ce défilé d’enfoirés. Parce que condamner des gens qui se battent pour le respect de la nature à six mois de prison avec sursis, contre des types qui détruisent l’environnement pour leur seule grosse gueule, ça aussi c’est héroïque et tellement dans l’air du temps ! Et les démonteurs de piscine de Clermont- Ferrant, les justiciers qui ont passé les menottes à "Hamza la douane", le gamin qui rackettait les passants du canal Sain-Martin avec son pistolet à eau, que ne défilent pas non plus au premier rang ?
Pour être juste, cette extrême violence d’État, quasiment légitimée, ne date pas de la seule Macronie, même si celle-là vient de franchir un point qui pourrait bien être sans retour, surtout si les vrais fachos viennent à succéder à ces Nunez, Retailleau… qui les rassemblent tout de même nationalement. Le 17 octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie un immense rassemblement est organisé par le FLN dans les rues de Paris pour exiger l’indépendance et protester contre la généralisation de la torture de part et d’autre de la Méditerrannée. Les charges policières sont furieuses. Cent personnes, peut-être plus, essentiellement maghrébines, sont jetées à la Seine ou victimes de fusillades policières. Le 8 février 1962, les manifestants communistes et apparentés de gauche qui s’opposent à l’OAS fasciste, sont violemment réprimés et neuf d’entre-eux meurent étouffés dans la bouche du métro Charonne, ou victimes de fractures du crâne. Ces deux drames consécutifs mais non exhaustifs témoignent d’une culture républicaine non seulement de la violence, mais de la mort. Ils ont été coordonnés par un préfet du nom de Papon. Oui, le même qui organisa la rafle des juifs de la région bordelaise pour les envoyer à Drancy, puis Auschwitz ; le même qui, avant d’être condamné à la prison à perpétuité en 1988, fut nommé dix ans plus tôt, ministre du budget par VGE et Barre ! Le 5 décembre 1986 dans la nuit et en marge de la répression contre les étudiants protestant contre la loi Devaquet, Malik Oussekine sort d’un concert de jazz et n’est donc même pas lié à la manifestation. Il est tabassé par trois policiers qui s’acharnent sur lui jusqu’à la mort. Le 26 octobre 2014, les activistes écologistes installés sur le site de Sivens dans le Tarn, protestent contre la construction d’un barrage sur un site protégé. Les gendarmes reçoivent pour consigne de déloger les trublions à coup de grenades. L’une d’elles explosent dans le cou de Rémi Fraisse (militant pacifiste de la protection de la nature) qui est tué sur le champ. Le ministre de l’Intérieur s’appelle Bernard Cazeneuve et sera bientôt nommé premier ministre !
Zyed, Bouna, Adama, Nahel, Nooran… tous ces noms ne sonnent pas bien catholiques, mais ils sont des centaines à être tombés sous les coups de la police. Plus de quarante pour la seule année 2025 ! Et si la mission de ces forces de répression consiste à se débarrasser de tout ce qui n’est pas blanc, catholique et soumis à l’ordre capitaliste, alors effectivement il est logique que la BRAV-M défile glorieusement sur les Champs-Elysée, transformés en Puy du fou. Elles devraient d’ailleurs encore accroître singulièrement leurs performances dans le futur, puisque l’Assemblée Nationale s’apprête à leur délivrer un droit de tuer légal, avec la loi « présomption de légitime défense ». Si bien qu’on peut imaginer qu’en ramenant un patte d’arabe ou d’écologiste à la préfecture, ils bénéficieront automatiquement d’un avancement. Comme les préfets Papon et Nunez !
Signez la pétition contre "la présomption de légitime défense https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-6334 "Je suis..." belle chanson de HK sur la question https://youtu.be/oJpFlK01-hA?list=RDoJpFlK01-hA |
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