Se lever avant le soleil et le poursuivre dans ses premières clarté, fendre la route seul, sentir intensément la nature, sans obstacle ni voiture, rouler en harmonie, prendre une tranche de Cantal, un morceau de Truyère et se dissiper parmi les bruyères en Corrèze. Je ne sais plus qui disait ce n’est pas la destination qui compte, c’est le voyage. Et la musique. Il existe à travers l‘habitacle une sorte de complicité, presque d’intimité avec celui que l’on écoute. C’est pour cela que j’ai toujours évité Patrick Bruel. Moi il ne m’aurait pas touché ni au coeur, ni ailleurs, mais ma femme… Enfin bon, je n’aimerais pas davantage les cris de Céline Dion ou les absurdités de JJ Goldman. A se jeter par la fenêtre ! Sans préjudice pour eux puisqu’ils ont leur public... Mais HK ! Ceux qui me lisent depuis longtemps le connaissent. Je pense à Danièle à qui je l’avais fait découvrir et qui n’est plus là pour chanter « On lâche rien ! » parce que si, justement, elle a fini par lâcher. Il y a aussi Allain Leprest et puis Yves Jamait. C’est quand même curieux les goûts musicaux, ceux-là il paraît qu’on ne les entend pas sur les chaînes TV et les grandes radios. Bon, suffit de les écouter un peu pour vite piger que ce qu’ils racontent, c’est certes beaucoup plus beau, mais que cela doit rester entre nous !
On la prend souvent la bagnole cet an-ci et du coup, on finit presque par les connaître par cœur tant il est long le parcours. Alors parfois ce sont de bonnes raisons et puis aussi des obligations. Là, nous montions en Anjou, berceau de la France éternelle et de ma belle-famille, catholique, un brin nostalgique de « l’ancien régime ». Obsèques d’une tante à Marie. Une sœur aussi. Enfin une religieuse, Jeanne-Marie. Dans le « 49 » elles s’appellent toutes Marie, comme Aïcha dans le « 93 » ! Cela procure quand même une étrange sensation lorsque, ne croyant ni à Dieu ni à Diable l’on se retrouve dans la chapelle d’une Communauté religieuse à partager l’affliction et la ferveur rédemptrice et résurrectionnelle des gens d’Église ! Non loin de la Vendée contre-révolutionnaire, parmi ceux qui prêchent des valeurs souvent antinomiques aux miennes, c’eut pu être une pénible épreuve , quasi insurmontable… et puis non ! Car au-delà des zones d’ombres et sombres, de la face désormais peu cachée de l’institution, abstraction faite de tout ce que je pense des religions - et que je dénoncerai encore sans compromission - j’aimais beaucoup cette tante par alliance. Par sa douceur, sa bienveillance et son entrain, son érudition aussi et peut-être encore davantage car elle prenait la main d’un anarco-co avec la même mansuétude et considération que celle d’un catho zélé. La congrégation des Filles du Cœur Marie à Baugé - c’est ici même que naquit il y a trop longtemps ma Marie à moi - abrite aussi le Sanctuaire de la Vraie croix d’Anjou. Au-delà de son premier usage remontant au temps des Croisades et du Roi René, ce qui lui conféra un autre intérêt et un regard plus complice de ma part, c’est la présence d’une deuxième traverse formant la Croix de Lorraine. Celle que reprit, justement, le Général de Gaulle pour symboliser la Résistance. Sans vous entraîner dans des considérations trop polémiques, il me semble remarquable en tout cas qu’une Communauté religieuse par définition très légaliste ait pu porter l’emblème de l’insoumission, non seulement aux Nazis, mais au régime de Vichy !
Dans la voiture, où nous avons franchi Riom, viré de Bort, sans rien casser à Limoges, nous n’avons pas arrêté d’arabe à Poitiers ! Bien au contraire, j’ai monté le son lorsque sont arrivées les dernières chansons de Kaddour Hadadi. Je sais pas vous, mais il y a des gens comme ça, qui nous attachent plus que d’autres. Si bien que tout ce qu’il enregistre et diffuse devient un cadeau divin, un bonheur simple mais intense. Et attendu. Parfois cela peut-être un peu plus faible, moins dense mais ce n’est jamais à jeter. Tout est bon dans le HK, ses mélodies aux fulgurances berbères, ses saillies pleines de tendresse, de force et de colères, ses intonations vibrantes et déchirantes. Depuis « On ne lâche rien », ce manifeste bien senti qui en a fait le chantre des manifestations et l’une des plus belles voix de la gauche radicale, « Indignez-vous » inspirée par sa rencontre avec Stéphane Hessel, Kaddour ne cesse d’exalter la lutte, certes, la Résistance et donc, l’indignation, mais toujours avec ce souci d’harmonie, cette dose de poésie par lesquelles ses révolutions s’apparentent autant à des résolutions d’amour.
Dans son dernier album, que je vous invite à acheter* pour le prix d’une poignée de cerise (c’est le temps !) plusieurs titres défilent avec la fluidité et l’acidité ronde d’un merveilleux breuvage. Parmi eux : « C’est un beau pays… la France ! » Il y a des variations où se croisent le oud et le gasba, embrassant accordéon, basse, violon et percussion. La Nouvelle France en somme et ça dit « Continuons de rêver éveillés, d’un peuple qui n’aurait plus peur de lui-même, du mendiant et de l’étranger. Loin de la haine, du rejet. Peuple qui n’aurait plus peur de dire : je m’aime Avec mon nombre et ma lumière." Vient alors le refrain : "C’est un beau pays, la France Dommage qu’il y ait des gens qui dorment dans la rue ; C’est une beau pays, la France Dommage qu’il y ait des politiciens corrompus... » Et puis si vous le permettez, si vous avez le temps, c’est important, cette autre sublime mélodie : « La tête en l’air, les pieds ballants, les bras ouverts, le cœur au vent. Savoir se battre quand il le faut, Pour les autres et pour soi-même… Faire de sa vie une œuvre d’art, de son art une résistance. Sourire aux étoiles d’un soir, en leur offrant une autre danse... » L’idée partout est un partage. Lui n’a besoin de rien, n’envie personne. Il ne s’agit que d’altérité ce mot si beau, tellement évident et pourtant ignoré du plus grand nombre. HK, vous, moi, ne lâcherons jamais jusqu'à ce qu’il advienne ! L’autre jour autour de Jeanne-Marie, au cœur de la chapelle de la Congrégation, la famille et les amis de la défunte chantaient avec ardeur cette liturgie : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même… » Je comprenais alors pourquoi j’étais là !
Une autre amie, beaucoup plus près de chez moi où l’empreinte catholique est également forte, démesurément forte à mon goût, une amie, elle-même croyante, voulut un jour me convaincre que j’étais, à ma manière, habité par la foi. Elle le releva à fort juste propos sans me le révéler vraiment, tant je le ressentais ainsi. Elle y mit les mots. La foi, c’est à la fois profond, voire insondable et pour autant assez limpide. Avoir foi en l’humanité, imaginer que les êtres de chair, de sang et doté d’un cerveau se découvriront sous un autre jour, plus sains, plus humbles et généreux, sachant faire taire leurs égos et leur vénalité pour faire terre commune parmi les hommes, égaux et fraternels. C’est sûrement aussi fort, aussi fou sans doute, aussi vain hélas que de croire qu’un Dieu et son envoyé Jésus - ou Abraham ou Allah - veillent sur nous et que nous les retrouverons dans l’au-delà pour des jours meilleurs ! Mais enfin, cette foi en l’être humain, je suis heureux de la partager avec sœur Jeannette, avec Lolo, avec HK, avec vous peut-être... * https://hk-officiel.com/ |
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