Bardella, le grand intellectuel du RN, en voyant Total rafler la mise, a dû s’exclamer tout en pâmoison : mais où est-ce-qu’il trouve cette énergie ! Ah ! voyez, ça y est, j’ai retrouvé un poil d’humour, une plume de légèreté. Je ne vais pas vous promettre que cela durera jusqu’aux cerises mais enfin, prenez-en une poignée ! Remarquez, pas sûr non plus que tout le monde goutte -d’essence- mes blagues du jour, car nous ne sommes pas tous programmés sur les mêmes paniques morales. Lorsqu’on leur dit (mais il est vrai que souvent on ne le leur dit pas !) que des dizaines de milliers de femmes et d’enfants sont morts ensevelis sous les gravats de Gaza, de Beyrouth ou de Téhéran, cela ne les fait guère pleurer, pas même réagir ; idem s’agissant des dix pour cent de français qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, les 350 000 mal-logés et le millier de SDF morts dans la rue. Déjà, cela réagit un peu mieux lorsqu’il s’agit de l’âge de départ à la retraite, mais alors quand on touche au prix du gazole, mes collègues, ça rue dans les brancards. Et même dans la rue ! Enfin, pas tant que ça finalement car depuis que Darmanin et Retailleau ont lancé le beau Centaure à l’assaut des manifestants, la colère s’exprime tout en dedans. Le tout est de savoir jusqu’à quand ?
Je me marre doucement mais sûrement en me souvenant du prix du litre d’essence en 2018 lorsque démarra le mouvement des Gilets Jaunes : 1,50 € ! Si, si, vous pouvez aller voir ! Il y avait certes d’autres objets de mécontentements, entendables, tels que l’effondrement des services publics ou moins convaincants comme l’abaissement de la vitesse sur route à 80 km/h. Je fais partie de ceux qui pensent que c’est bien suffisant, qu’il n’est pas trop la peine de se presser puisque, au final, on va tous mourir et qu’on a donc bien le temps. C’était la grande époque de cette tête d'œuf bicolore d’Edouard Philippe, dont on me glisse dans l’oreillette qu’il serait bien disposé à venir remplacer le Macron ! Cela fera grand plaisir à tous ceux qui ont un moignon à la place de la main gauche et un bandeau sur l'œil droit, ce qui est plus commode pour viser que lorsqu’on est soi-même visé. Enfin, vous vous souvenez quand même de ces répressions qui, comme à Sainte-Soline un peu plus tard, ont fait hurler le monde entier. Il paraît que même Netanyahou et Poutine auraient été horrifiés… (à vérifier tout de même, surtout un surlendemain de premier avril !)
Vous connaissez tous, j’imagine, l’expression : ça m’a coûté un bras, ça m’a coûté un œil ! C’est tout de même un argument suffisant pour vous inciter à rester révoltés certes, mais à la maison. Souvent dans ce genre de situation, les gens répondent qu’ils sont solidaires des manifestants et ils le sont d’autant plus que ça ne leur coûte rien. Cela me rappelle ma jeunesse lorsque nous faisions grève avec le SNJ pour améliorer les conditions de travail et les salaires des journalistes. C’était, je tiens à le préciser avant que ce syndicat corporatiste ne devienne le complice des grands patrons de presse, Niel, Drahi, Saadé et de bonne compagnie capitaliste. Et bien, nous étions toujours au moins cinquante pour cent à faire grève et croyez que les biftons et les avantages, ils finissaient pas les lâcher ! Mais les quarante pour cent qui avaient continué à bosser, cassant ainsi le mouvement et ne subissant aucune perte de salaire, lorsque les fameux conquis sociaux obtenus par les collègues arrivaient sur leurs feuilles de paie ou sur leurs congés, ils ne les refusaient jamais ! On appelait ça les « jaunes » et il y en avait ! Maintenant il n’y a plus que ça ! Au vrai, je ne sais s’ils sont jaunes, mais les salariés d’aujourd’hui sont de sacrés moutons.
Mais enfin je me suis un peu égaré non ? On parlait de Total ! Ordinairement, les pompes de ce beau fleuron français de l’industrie pétrolière sont les plus chères. Or voici que c’est l’inverse, cela rend fou ceux de la grande distribution qui se retrouvent boudés par le chaland alors que, ordinairement, ils se gavent. Et vous savez pourquoi Total est moins cher (mais son gazole tourne quand même autour 2,10 €) ? Ben parce que, anticipant cette nouvelle guerre du Golfe, ils ont acheté le pétrole par milliers de barils au tarif d’avant le conflit c’est-à-dire plus de moitié moins cher ! Ceux qui parmi mes lecteurs trouvent le capitalisme tout à fait normal et même moral, me rétorqueront : « Ben alors c’est ça les affaires ! » Je leur accorde que les traders de Total, (je ne sais pas comment on appelle ces types hideux qui vendent et achètent cette saloperie jour et nuit derrière leur ordinateur) sont plus malins que Trump. Vous me direz qu’ils n’ont guère de mérite tant ce type, en plus d’être terriblement dangereux, est bête. Le voici qu’après avoir foutu le Moyen-Orient à feu et à sang pour circonvenir son copain d’asile psychiatrique, Nétanyahou, il cherche à négocier la réouverture du détroit d’Ormuz !
Un milliard de dollars gagné en moins d’un mois, on parle bien de bénéfice net, venant s'ajouter aux treize milliards annuels, voilà ce que M. Pouyanné s’est mis dans les poches et celles de ses actionnaires. On sait qu’il y a parmi les heureux détenteurs d’actions Total, une certaine Yaël Braun-Pivet, ce qui ne l’empêche nullement de casser la graine au perchoir et de n’en faire qu’à sa tête malfaisante ! Cela ne semble pas être le cas d'Agnès Pannier-Runacher dont la famille est à la tête de la deuxième compagnie pétrolière Perenco dont ont perd la trace et les comptes dans le dédale des paradis fiscaux. Je ne pouvais pas passer par là sans tirer mon chapeau à cette macroniste pur jus, qui fut à la fois actionnaire dans le pétrole et… ministre de la Transition écologique, de l’énergie et du climat ! Reconnaissons qu’en Marche, en Renaissance ou bien en Horizon, se sont de sacrés acrobates. Des champions ! Tout ceci n’ayant provoqué l’indignation que de quelques utopistes comme aime à les appeler - pour mieux les dénigrer - les bons bourgeois centristes. Ceux-là descendirent pour exprimer leur révolte, avant, comme toujours, de vite rentrer aux abris, cabossés par les matraques et de bonnes conjonctivites, pour les plus sensibles à l’oléorésine de capsicum.
Et là, j’entends ceux qui désormais me désespèrent, s’exclamer en baissant les bras et les yeux : Mais qu’est qu’on y peut ? Sont trop puissants ! Trop puissant de quoi ? Certes, ils gagnent des milliards mais ne sont que quelques milliers. Nous, nous ne gagnons que des milliers, mais nous sommes des milliards. Si l’on s’y met tous, vous savez comment ils vont vite revenir à la raison ! Première mesure, nous re-nationaliserions l’industrie pétrolière (1). Hors de question que quelques privilégiés ramassent ce pognon sans rien faire ; avant de calmer la consommation pour couper le robinet que l’on dit d’or noir et qui serait plutôt de l’ordure. En attendant le Grand Soir, dont je ne m’explique pas qu’il ne soit encore advenu - pas tellement chez nous où nous sommes des collaborateurs rompus et repus, mais dans un monde où les gens crèvent par centaines de millions -, il suffirait que nous décidions tous de marcher à pied, en vélo et qu’en passant devant les pompes désertes de ces gros dégueulasses, on leur adresse un bras d’honneur... Celui qu’il nous reste. ____________
(1) C’est monsieur Balladur (Premier ministre) qui, en 1994, a vendu les parts de l’État aux gros actionnaires ; le président socialiste François Mitterrand laissa faire. Entre 1998 et 2002, Lionel Jospin ne revint pas dessus et au contraire amplifia la privatisation. On ne parlera même pas de François Hollande ! |
Vous suivez ? Alors écrivez !
Ça y est ! Je relance mon courrier des copains ! Je ne sais pas si j’aurais beaucoup de succès, mais « j’y tente » comme disent les Lyonnais. Histoire de me sentir moins seul. C’est pas drôle à dire, mais parmi ceux qui interagissaient le plus, quatre, au moins, sont morts. J’espère ne pas porter la poisse aux autres… Alors que vous soyez des copains que je connais bien, des copains de loin ou de demain, vous pouvez écrire. Contester, râler, approuver. Tout, en somme, sauf des insultes. Pour ça je vous conseille le réseau X – ils font ça très bien – ! L’anonymat est aussi garanti sauf si vous spécifiez votre souhait d’apparaître en toutes lettres. Allez ! on se sort le stylo du courage et on trace notre chemin de plume... En voici deux pour se mettre en condition.
« Depuis que je vous suis sur votre blog (c’est un ami qui vous connaissez qui me l’a transmis, je me régale d’autant que je partage la plupart des choses que vous exprimez si bien. J’apprécie aussi vos nombreuses références à Jean Ferrat. C’est d’ailleurs le nom qui a été donné il y a quelques années au collège de ma petite ville. Cordiales salutations."
Laurent B.
« Contente de retrouver tes chroniques parfois grises, toujours poivre et sel, mais dont j’apprécie l’humour souvent décalé et secret, d’accord sur le fond et adepte de la forme. Tu te plains de manquer de soutien, comme je te comprends. Les solidarités se perdent ! C’est surtout pour ça que je tenais à t’adresser le mien."
Annie J. |
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