Ouvrant cette chronique par une manière de confession, j’admettrai que je me suis toujours senti plus proche des femmes et que mes meilleurs amis, en écriture inclusive, prennent un « e ». Je n’en fais pas une généralité, messieurs qui, dans le rugby, furent des dizaines à me tenir par le cœur, mais n’y a t-il pas, comme le proposait l’un des mes meilleurs… ennemis, quelque chose de féminin lorsque la mêlée, le maul et le regoupement - ils disent maintenant le ruck (and rôle) - accouche de ce ballon, dont l’ovale n’est pas sans évoquer en effet, le petit corps du nourrisson, à ceci près que le premier ne braille jamais dans les mains de la sage-femme qui se trouve être, sauf accident, le demi-de-mêlée (que d’aucun traite souvent dans la grosse troupe de bourrins d’avants de PD !). En poussant un peu l’analyse on peut aussi expliquer ainsi, l’étonnant afflux de filles vers le rugby. Il n'y a pas si longtemps, c’était plutôt autour des hôtels ou carrément dans le pieu des virils (pas toujours corrects) qu’elles rodaient, à présent c’est aussi sur leur terrain, qu’elles s’ébattent. Mais pour en revenir à ce concept finalement volatil d’amitié, celui que je tenais pour le meilleur - de mes amis - m’a échappé comme un banal en-avant. Alors...
Enfin bon ! Mon feeling est féminin et va-t-en voir si ce n’est pas en rapport avec le fait que je leur ai bien moins couru après - à part la mienne - que la moyenne ! Préférant sans doute marcher main dans la main. J’eus la chance effectivement d’avoir une mère exceptionnelle - bien qu’elle détestât le rugby -, une épouse qui ne l’est pas moins, une « patronne » qui a beaucoup compté, compte encore, d’autres ici que je connais, sublimes d’intelligence et de cette sensibilité que je mets haut, très au-dessus. Et c’est un peu tout ce qui vous borde d’abord, déborde ensuite et accompagne enfin dans une sorte de rassurance sans doute proche de celle du bain amniotique inaugural.
J’étais Brel, très Brel sauf lorsqu’il poussait ses saillies misogynes largement excusables par le fait qu’il en avait sûrement beaucoup souffert et lui préférait Ferrat, camarade d’honneur à titre posthume, mélodiant Aragon qui en était un autre, assurant de sa voix chaude, velouté : « la femme est l’avenir de l’homme ».
Il n’y a qu’en religion que je serais plus embarrassé si je devais y entrer. Certes la Vierge Marie aussi, sous son fichu de dentelles blanches recouvrant sa robe d’un bleu céleste doux et apaisant, aurait fait une belle complice. Mais, s’il me fallait croire en l’impossible, c’est à son enfant que je m’en serais remis, avec d’autant plus de confiance qu’il serait alors le fruit de l’innocence ! Un choix me rapprochant alors des protestants mais tout naturellement aussi, des Insoumis, puisque Jésus - qui pourrait en douter ? - fut le premier d’entre-eux.
Du coup, hier soir, je me suis installé devant mon PC dans l’intention de suivre le meeting de LFI à Besançon. Je ne sais ce que vous en dites, vous, mais il sont impressionnants ces gens qui, alors qu’on leur tape dessus d’un bord à l’autre et dans la totalité des médias tenus par le pouvoir et l’oligarchie, remplissent les salles de toutes les villes où ils se présentent. Ils ont cette façon de dire à la meute déchaînée à leur trousse : on vous emmerde ! Et ça, que voulez-vous, c’est bien fait pour me plaire !
Donc Besançon. Plus de 1000 personnes au théâtre. Les actrices sont en place. Et pas en plâtre. La candidate Séverine Véziès. Pas la politicarde de service. Militante à la Cimade. Un truc qui ne rapporte rien. Si ce n’est que le matin quand on passe devant sa glace on voit quelqu’un qui s’est battu pour régulariser des sans-papiers et non l’un de ces cadres d’entreprise ou marchand de bagnoles. J’imagine que ça doit déjà vous donner toute l’énergie et le bonheur nécessaires.
Pour la soutenir, Clémence Guetté d’abord. Vice-Présidente de l’Assemblée Nationale et de l’Institut la Boétie. Vous savez, La Boétie ! Un écrivain et juriste, dont son ami Montaigne dit : « parce que c’était lui et parce que c’était moi... » Peut-être préféraient-ils les hommes, eux ! Et alors ? Clémence, si belle qu’elle pourrait aussi bien incarner notre Marianne, coordonne toute la partie programmatique de la France Insoumise, au point qu’il ne serait pas incongru de dire : la boss, c’est elle ! Dans un discours d’une grande limpidité, elle fit passer ce message que le reste du marigot devrait finir par entendre : « vous ne nous ferez ni taire, ni dévier de nos objectifs de justice et de fraternité. »
Ce fut le tour de Mathilde Panot. Celle-là elle les énerve tous. Elle n’a pas seulement la voix claire, elle est haute et tranchante. D’aucuns l’assimileraient bien à une poissonnière, à ceci près qu’avant de rejoindre son étal, elle a juste obtenu à Science-Po, un master en Relations internationales. Ce n’est pas du menu fretin ! C’est elle qui défend, de plateaux TV en tribunes parlementaires, l’honneur de sa famille politique et remet en place impudents, goujats et calomniateurs de toute obédience. Job à temps plein !
C’est alors que je réalisais que durant cette petite heure et demie, ce sont trois femmes qui tinrent le micro et la baraque, portant les seules valeurs qui m’importent, celles qui tiennent toujours et sans jamais trop s’en éloigner, à l’humanité. Et ce matin j’apprenais que la philosophe Pascale Gillot, ô combien influente dans la sphère intellectuelle, allait prendre la tête d’un mouvement, « Riposter », visant à remettre la raison au cœur de la vie politique. Pas au centre, ni aux extrêmes, au coeur. Je sais d’avance que partout à travers le pays - comme le firent Annie Ernaux, Salomé Saqué, Rokhaya Diallo, Mathilde Larrère -, de jeunes lycéennes, étudiantes, enseignantes, soignantes suivront en masse, se lèveront et combattrons l’obscurantisme capitaliste et le monstre nationaliste tapi dans l’ombre. Qu’elles contribueront à nous en épargner.
Et faisant abstraction des pauvres malheureuses égarées de Némésis, mais en retrouvant, sous les traits de Louise Michel, toutes les autres, je me suis surpris à chanter, sans être pour autant très Clerc… « Femmes, je vous aime ! »
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