20.- LES PRÉCIEUX RIDICULES - En cette année anniversaire des 400 ans de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin - cela ne nous rajeunit pas - devenu Molière 22 ans plus tard lorsqu'il créa sa troupe avec Béjart - pas Maurice mais Madeleine -, les hommages pleuvent et n'ont pas fini d'irriguer la scène. Dans un pays où l'on ferme les bibliothèques et les théâtres en les considérant comme non-essentiels, où l'on méprise comme nulle part ailleurs - peut-être si, en Corée du Nord - les acteurs et les artistes, ces hommages au Médecin malgré lui s'apparente plus à des serments d'hypocrites. On peut même s'étonner que Saint-Emmanuel-les-mains-jointes n'ait pas trouvé un petit coin pour caser l'ambassadeur universel de la langue française au Panthéon.
Je ne sais pas vous, mais ce n'est pas tant l'écriture en soi de Molière qui impressionne. Le fabuliste Jean de La Fontaine par exemple n'avait pas son pareil, à partir d'animaux, pour instruire les hommes, avec une finesse de plume, une pénétration de l'âme et une aisance poétique inégalable. Victor Hugo auteur de légende et les grands romanciers du XIXe siècle signèrent des œuvres bien plus achevées.
Pour autant, dans l'art de dénicher les petits travers humains pour les révéler et les tailler en pièce, Molière n'a, dans la littérature française, pas de rivaux. Il est homme de lettres et fin connaisseur de l'être... ou du néant. Souvent plus près du néant dès lors que l'auteur de théâtre prit le parti de mettre en exergue des personnages bas et vils, dont émerge plus le vice que la vertu. Ainsi probablement, percevait-il le monde et c'est à partir de là que je m'en sens proche.
Si bien que l'on peut s'amuser à retrouver parmi tous les acteurs de la comédie présidentielle, les traits de personnages dont se gaussait Molière. Ce qui me sembla aisé sur le principe, devint particulièrement délicat dans le sens où lorsque Molière dessinait les contours généreux de ses héroïnes, elles ne comptaient néanmoins que pour bien peu de chose. Or malheureusement - mais non, je plaisante ! - nous n'en sommes plus là et près de la moitié des candidats à l’Élysée sont des candidates.
Mais enfin puisque je me suis imposé ce défi, promenons nous dans la Pléiade.
Diafoirus : Dans cette immense galerie de portraits il m'a fallu puiser, soupeser, trier. Pour figurer le président de la République sortant, futur candidat que j'apprécie tant, il m'en est venu une dizaine à l'esprit. Devenu Médecin malgré lui, au fil de la pandémie il m'a semblé que celui du Malade imaginaire lui convenait bien : cuistre et arrogant autant qu'incompétent.
Philaminte : Dans sa petite cour de Femmes Savantes, la mère régente tout avec autorité. Elle fait et défait les alliances toujours dans un souci de domination. Mais souvent aussi en dépit du bon sens. On peut voir quelques traits sensibles avec Marine Le Pen, même si Philaminte semblait moins se tracasser des questions d'immigration.
Dorine : Dans Tartuffe, il s'agit d'une dame de compagnie. Un peu comme celle que fut fidèlement Valérie Pécresse à Fillon et Sarkozy. Elle fatigue son monde par ses bavardages incessants, parfois intempestifs. A son actif, elle dit ce qu'elle pense et c'est peut-être là que la comparaison s'arrête avec Valérie…
Alceste dans le Misanthrope, hait l'humanité tout entière, en dénonce l'hypocrisie, la couardise et la compromission. Transposé à notre époque, sans doute détesterait-il les musulmans, les handicapés et les femmes fortes. Ainsi pourrait-il être parfaitement incarné par Eric Zemmour.
Trissotin : Dans les Femmes savantes, celui-ci est envahissant. D'une prétention inouïe, pédant et plaideur, il sait tout, saute partout, se multiplie. De là à établir un lien avec les hologrammes de Jean-Luc Mélenchon, il n'y a qu'un pas que j'ai eu tôt fait de franchir.
Don Juan : Le jeu n'est pas simple et je vois bien que je galère. Mais que diable alliez-vous faire à cette galère (?) m'aurait demandé Géronte dans les Fourberies de Scapin ! Oui bon et bien j'ai choisi Yannick Jadot parce que c'est le seul qui ait un peu d'allure dans cette bande. Et comme le disait ma mémé Cécile "gros nez ne gâte pas joli figure…"
Elmire dans Tartuffe est une honnête femme, bonne mère de famille, opposant son bon sens à l’épaisse sottise de son mari (là en l'occurrence se serait plutôt de ses amis de gauche !) Elle sait discerner le mal, certaine de n’y point tomber ; elle est exempte de ces vaines terreurs, un peu ridicules et se met en devoir d'apaiser son entourage. Mais oui, c'est bien elle, Christiane Taubira.
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