Je vais vous raconter mon 7 octobre ! Celui de 2023, vous l’aurez compris. Jusqu’ici et avec mon grand âge qui ne cesse de croître, je n’avais quasiment entendu que le témoignage mémoriel de ceux qui avaient vécu en direct, les premiers pas de l’homme sur la lune. « J’étais en vacances ici, je faisais l’apéro là, j’étais avec lui, etc... » A onze ans, cet événement est passé à travers mes radars et, du reste, si j’en avais eu dix, vingt, trente de plus, il en aurait été de même, tant ce genre d’expédition astronomique me dépasse largement. Ayant une sainte horreur de l’avion, je vous laisse imaginer mon sentiment à l’égard de la fusée ! Il se trouve que depuis le 7 octobre 2023, ma vie a changé. Profondément. Ce n’est pas que je les admire, mais je suis tout de même épaté par la quantité, je devrais dire la quasi-totalité des gens qui se foutent absolument de tout ce qui se passe ailleurs qu’autour de leur nombril. Je cite souvent Deleuze, que j’apprécie toujours davantage que j’entends BHL, Enthoven ou Onfray. « Être de gauche c’est d’abord penser le monde, puis son pays, ses proches, puis soi ; être de droite c’est l’inverse. » Voilà pourquoi notre société est profondément ancrée dans l’égoïsme, le profit, la droite. Elle se préoccupera toujours mille fois plus du rhume de son petit que des bombes qui anéantissent l’enfance !
Je roulais vers le fin fond du Puy de Dôme où j’étais invité à un salon du livre pour la sortie de ma Petite fille dans la tourmente. France Inter que je parvenais encore à écouter, annonçait le drame qui se nouait derechef au Moyen-Orient. Je comprenais, alors que sur ma route l’aube découvrait ses bancs de brume et ces lueurs malignes, que cette tourmente en engloutirait bien d’autres, petites filles ! Une fois de plus le Moyen-Orient sombrait dans un cauchemar que l’on pourrait dire rituel, en tout cas spasmodique et si je tressaillais à l’écoute du récit de l’attaque meurtrière du Hamas, je pensais déjà aux représailles terribles qui s’ensuivraient. J'ai dit à mon épouse qui sommeillait à côté : "C'est reparti pour dix ans !" Le ministre Galant compare les Palestiniens à des animaux ; dans les prisons on les fait violer par des chiens ; un autre ministre Ben Gvir appelle les siens à tuer 40 Palestiniens par nuit ; sans parler de celui qui prétendait que la mort d'un israélien justifiait celle de cinq cents Palestiniens !
Il ne fallait donc pas être grand clerc pour deviner que l’attentat perpétré par le mouvement terroriste provoquerait l’apocalypse sur cette bien pauvre enclave. J’écris « terroristes » parce que l’assaut meurtrier contre les kibboutz, villages et autres camps sema la terreur, la mort et le deuil incommensurable des familles. Sans négliger et c’est bien l’une des choses qui conditionnent mon mal être et ma colère depuis, que la population Gazaouie, composée en grande partie d’exilés forcés de la Nakba de 1948, ne cessa d’être maltraitée, souvent agressée, parfois tuée, toujours affamée par l’occupant israélien, colonisateur et suprémaciste.
Chacun connaît l’histoire. La communauté internationale, soucieuse d’expier la responsabilité de l’humanité à l’égard du peuple juif, décida sous l’impulsion des Nord-Américains, d’attribuer aux juifs disséminés, un territoire sur lequel il pourrait faire nation. L’idée ne fut pas du goût de tous les ressortissants de ce « peuple sans terre », mais c’est ainsi que se constitua l’État d’Israël en Palestine où s’était forgé sa légende, mais désormais essentiellement peuplés de musulmans. Très souvent, fut posée la question pour le moins morale de savoir pourquoi, puisque l’Allemagne portait entièrement la responsabilité de la Shoah, ce n’était pas son territoire qui accueillait ses propres victimes ?! Le Général de Gaulle, dont la vision géopolitique fut peut-être la plus perçante de tous les temps, avait eu ces mots, quelques mois après la guerre des Six Jours : « Il (l’Etat israélien) organise l'occupation sur les territoires qu’il a pris. L’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions et s’y manifeste contre lui la résistance et qu’à son tour il qualifie de terrorisme ».
Voici comment depuis bientôt quatre-vingt ans, Netanyahou et ses prédécesseurs (avec plus ou moins de souplesse) s’emploient à étendre leur emprise sur la Palestine en refusant systématiquement tout ce qui pourrait conduire à un accord équilibré, juste et durable. Le régime actuel est probablement le pire que nous ayons connu. Bien loin du premier ministre Yitzhak Rabin qui, sous l’impulsion de Bill Clinton, avait signé, en 1993, l’accord d’Oslo avec Yasser Arafat, accordant l’autonomie de Gaza et Jéricho en plus d’une reconnaissance mutuelle. Ceci valut d’ailleurs aux deux hommes le prix Nobel de la Paix qu’ils n’auront guère le loisir de savourer, Rabin étant assassiné par les faucons de son pays en 1995 et Arafat en 2004, probablement empoisonné !
Israël et singulièrement son régime néo-fasciste se sont servis du Hamas afin de poursuivre et finaliser le nettoyage ethnique en cours. De manière assumée, il s'est employé à déstabiliser le chef de l’autorité palestinienne, le bien faible Mahmoud Abbas, chef du Fatah, au point de le rendre très impopulaire à Gaza. En sous-main, les services secrets ont conforté le Hamas dans leur leadership, en leur octroyant des moyens et une légitimité. Lorsqu’on s’efforce - sans que cela demande d’efforts considérables - de s’extirper de la grande naïveté consistant à penser que les terroristes ont agi seuls et quasiment sans mobile, il faut aussi prendre en compte le blocus qui empêchait les Gazaouis de vivre correctement, privés de tout, harcelés sans cesse ; les agriculteurs pillés, les pêcheurs coulés et tout ce qui d’ailleurs se reproduit, par colons interposés sur la Cisjordanie. Dès 2007, l’ONU déclarait que la bande de Gaza était devenue invivable. Il était clair dès lors, qu’un jour, le Hamas se vengerait. Cette attaque coordonnée ne s’est pas préparée en un éclair et il est établi avec une quasi certitude que Netanyahou et les siens savaient que cela adviendrait. Peut-être même très précisément avec la date et le lieu. Israël aurait donc sacrifié 1200 des siens en quelques heures pour justifier l’anéantissement de Gaza, ses probables plus de cent mille morts en trois ans, avec pour objectif de récupérer l’intégralité du territoire, que Trump voudrait transformer en mine d’or et en Riviera !
Voilà pourquoi ma vie a changé et que mes nuits ne sont plus les mêmes. J’ai pris conscience que c’était mon problème, très peu celui des autres. Depuis 1948, les Israéliens pratique l’apartheid, le nettoyage tehnique et sabotent systématiquement toutes les tentatives de concilliations, de cohabitation et de paix entre deux religions certes, mais une seule origine : l’humanité. Ils n’en veulent pas. Et chez nous, alors qu’à la tête de l’État et dans ses médias la plupart refusent encore de parler d’un génocide reconnu par tous à l’exception de l’Amérique de Trump et de l’Argentine de Miléi, que les dirigeants israéliens sont poursuivis par le Tribunal international, les petits roquets de la télé en sont encore à se demander si l’on condamne le Rrrrrramas ! Enthoven, Arthur, Fourest et de torves individus de cet acabit, répandent leur islamophobie maladive, mêlant leurs voix à Elnet, au CRIF à la LICRA pour vider de tout son sens ce mot d’antisémitisme que nous avons tellement combattu et que nous combattrons encore. Malgré eux ! Avant le génocide de Gaza, c’est justement l’holocauste qui hantait souvent mes nuits et c’est à lui que je me référais sans cesse, y compris en prévenant mes enfants de ce péril qui rodait au tout début du XXIe siècle lorsque le père Le Pen accédait au second tour face à Chirac. Dès lors, je me suis trouvé bien naïf d’avoir imaginé que l’occident capitaliste se préoccupait de ce que les corps suppliciés de la Shoah ne reviennent hanter leur nuit… et brouillard. Je n’aurais jamais imaginé non plus que vingt-cinq ans plus tard, ce seraient eux les néo-fasciste héritiers de cet odieux personnage, qui me traiteraient, au travers de la gauche radicale, universaliste et humaniste, d’antisémite ! Il y a des limites que l’on ne saurait accepter. Je ne les accepte pas ! |
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