J’sais pas vous, mais il va bien falloir que j’aille manifester samedi ! Quand je pense que pour la plupart, il suffirait de descendre l'escalier pour se retrouver directement dans la rue ou, au pire, le bus de ligne pour rejoindre le cortège et que pour ma pomme il va s’agir de se taper 130 km pour aller à Mende et revenir, je me dis quand même que mon désert à moi n’est pas que médical. Et encore, si tous les gens qui ont la chance de pouvoir manifester à deux pas de chez eux descendaient, marchaient, se solidarisaient, ce serait un mal pour un bien, mais non ! Je m’énerve déjà en sachant qu’en ce samedi d’automne ressemblant à une mi-juillet, la quasi-totalité des gens mettront un nez à la fenêtre pour nous regarder passer en nous traitant d’utopistes. Qui sait même s’ils ne considèreront pas que ce sont nous, les nuisibles ! Depuis 1940, la sociologie a peu évolué. Ils ont certes vieillis, les gens, mais ce sont toujours les mêmes ! Naguère, c’était les nazis qu’ils voyaient défiler, mais aussi de par leur fenêtre, des communistes, des juifs que l’on emmenait. Vers où ? On leur accordera le crédit de ne l’avoir pas su, mais enfin ils n’auront pas fait non plus beaucoup d’effort pour en connaître la raison et la destination. Alors certes, ce n’est pas nouveau, mais qu’est-ce que je déteste cette bourgeoisie, cette petite bourgeoisie, car quelle que soit sa fortune, elle est et restera minable.
Cela me rappelle aussi ma jeunesse, lorsque nous étions en grève - si, si les jeunes, la grève, ça existait ! -. A l’époque, cela n’allait pas plus mal que maintenant, mais dans l’entreprise, nous étions un peu plus altruistes et courageux. Et donc, il y en avait toujours un bon tiers pour refuser de participer au mouvement. Croyez-le si vous voulez, il arrivait même que des non-grévistes viennent travailler sur leur repos et que d’autres fassent des heures supplémen-taires pour leur cher patron adoré ! De sorte que la production sortait malgré nous et malgré tout. On appelait ça les « jaunes » et on leur aurait bien cassé la gueule. Mais lorsque nous parvenions à obtenir une revalorisation du point d’indice ou l’annulation d’une délocalisation, ceux qui avaient refusé la grève, ne crachaient jamais sur l’augmentation où les avantages conquis par les autres. Non décidément, depuis quarante, rien ne change, les salauds sont toujours tapis derrière leur rideau, leur mesquinerie, leur laideur. De père ou mère en fils ou fille.
Nous serons, c’est couru d’avance - mais on se contentera de marcher ! - autour d’un millier et si l’on y arrive, ce sera déjà extraordinaire ! L’insurrection, l’embrasement général ne partira pas de la Lozère, à moins qu’il s’agisse de s’en prendre au loup. Le canidé, car celui de la finance peut bien continuer à bouffer les agneaux que nous sommes. Peut-être ont-ils raison, sommes nous des rêveurs et battre le pavé devient dérisoire parce que personne ne veut nous entendre et surtout nous rejoindre. Tenez, il paraît qu’ils seront 600 000 le lendemain sur les Champs-Élysées pour la messe du Pape et plus d’un million pour l’ensemble de sa visite. La relation est vite faite, les hommes et femmes de ce pays préfèrent s’en remettre à Dieu pour garantir le salut de leur âme, voire le retour de la pluie, que de se regrouper et crier très fort qu’il faut incessamment arrêter les conneries écocidaires. Les voyages, le productivisme, la consommation, les génocides, les invasions. Il est vrai que Léon XIV, comme François I avant lui, exhorte les dirigeants de ce monde à cesser le combat, les conquêtes, la haine et tout ce qui conduit le monde à sa perte. Mais cet humanisme apostolique ne dépasse jamais le sermon, la communion et le signe de croix. Les grandes portes du seigneurs tout puissant se referment aussitôt après l’office sur un impénétrable silence. Rien qui n’ait jamais fait changer le temps ou arrêter une guerre.
La vérité, mes bien chères sœurs et vous mes frères, c’est que tant que nous n’aurons pas tout entrepris pour éradiquer les métastases du capitalisme, des millions d’êtres humains mourront du dérèglement climatique, de la pollution atmosphérique et de la prolifération des produits chimiques, engrais, pesticides, insecticides et compagnie. Je ne vais pas être long avec les chiffres. La totalité de la population en France et j’imagine qu’il en va de même pour le reste de la planète, est contaminée par les PFAS et les perturbateurs endocriniens ; la moitié accuse des taux de cadmium bien supérieurs aux normes ; la consommation de poisson fait courir des risques de maladies générés par les métaux lourds type mercure ; les cancers pédiatriques ont augmenté de 80 % en trente ans. Observez bien que je vous épargne les chiffres désastreux des conséquences du réchauffement, de la sécheresse, des incendies de forêt. Et vous pose la question : comment se fait-il qu’ils soient encore planqués derrière leur rideau à mépriser cette poignée de résistants qui se désespèrent de leur rareté ?
La réponse, je vous l’ai donnée. Ils sont avec ChatGPT en train de préparer leur prochaine expédition aux Caraïbes ou aux Antilles ; ils iront remplir leur caddies à l’hypermarché dès que ces cons auront fini de bloquer la rue et ils se feront une bonne soirée téloche, un radio-crochet, un match de rugby, le tout gavé de publicités pour les voyages, les bagnoles et les parfums, avec en prime quelques infos bien frelatées… En foi de quoi, l’ignoble macronie rassurée par les renseignements intérieurs qui n’établissent aucun point de comparaison avec 1789, inverse les résultats électauraux ; réintroduit les produits phytophar-maceutiques tels que l'acétamipride grâce au célèbre Duplomb dont la loi avait essuyé plus de deux millions de signatures hostiles ; fait tabasser les résistants écologistes en les traitant de terroristes ; fait arrêter Thomas Brail dont le crime est de grimper dans les arbres ; passe en force pour la construction d’autoroutes inutiles et écocidaires (l’A412 après l’A69) ; dans son budget prévisionnel il refuse enfin de taxer TotalEnergies qui vient d’engranger plus de 11 milliards de bénéfices sur les six derniers mois, tandis que le gouvernement prévoit de geler les APL, de la supprimer aux étudiants étrangers, de limiter les rembourse-ments, les arrêts maladie et de mettre à contribution les retraités. Un budget en baisse de 54 milliards, la poursuite de la casse sociale, environnementale et des services publics déjà en lambeaux.
« Nous sommes en guerre » ne cesse de proclamer à tout propos et comme s’il le souhaitait, Saint-Emmanuel-les-mains-jointes. Avec un budget militaire de 67 milliards il a de quoi bien s’amuser en effet. Cette guerre est réelle en effet, mais on ne mène pas la même. La nôtre, c’est le capitalisme qui nous l’a déclarée. Dans l’espoir de nous en faire crever ! Le pour cent le plus riche pollue plus que 70 % les plus pauvres de la planète. Pour extraire le pétrole et écraser le monde, la colonisation sur le seul sol américain a exterminé plus de cent millions d'autochtones ! Et ils se marrent (les capitalistes, les suprémacistes) en sachant que la population reste derrière son rideau, à épier les idéalistes, les gauchistes, les terroristes !
Ce n’est pas un appel que je lance, car ceux qui me lisent sont pour l’essentiel convaincus de tout ça ; je connais aussi trop bien les effets d’une chronique et surtout ses limites. Mais alors pourquoi l’écris-je ? Pourquoi le crie-je ? Parce que c’est tout ce que je peux faire et que putain CA FAIT quand même DU BIEN ! |
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