Je n’ai rien contre les passions, vous connaissez en partie les miennes ; il n’est pas interdit de penser que nous en partageons quelques-unes. Je peux aussi témoigner que je n’aurais pas eu la même vie sans un certain nombre d’entre elles. Mais il y en a, évidemment, qui m’échappent. La passion de Dion par exemple ! Mais de qui s’agit-il d’abord ? De celui qui a écrit : « Au bout d'un moment, ce sont nos possessions qui nous possèdent. Nous en devenons les esclaves. Dans la sobriété, il y a quelque chose de libérateur…Moins nous avons besoin de choses, moins nous avons besoin d'argent et plus nous pouvons choisir ce que nous voulons faire. C'est le début de la révolution » ? Bon là, y a rien à redire. Un écrivain militant, un humaniste, qui ne se bat et ne se livre que pour le bien commun. Respect ! Où bien de celle qui chante : « J’irai où tu iras (ouh, ou-hou), Mon pays sera toi (ouh, ou-hou), J'irai où tu iras, Qu'importe la place, Qu'importe l'endroit (oh) ! » Ah Céline, quand même, Céline ! Est-ce bien raisonnable ? Bon, j’imagine que dans le cas où Cyril Dion tiendrait un conférence par chez nous, à l’espace culturel Paul Éluard, peut-être irions nous ensemble écouter l’auteur d’Animal et de Demain entre tes mains. Mais Céline Dion ! Au Plenitude Arena de Nanterre, là ! Franchement ! Comment serait-ce possible ? Et comment est-il vrai que des gens, en apparence normaux, du XXIe siècle quoi, puissent se précipiter, se disputer même pour des places vendues entre 100 et 300 € ! Je veux bien que la québécoise ait besoin de rentabiliser son jet privé, c’est humain ( !?), je veux bien aussi qu’elle mange ! Vu son état lyophilisé, je lui donne même ma part ! Mais alors que ces fans se déplacent de partout en France - on dit même d’Europe ! - pour subir ça, alors là non, c’est plus possible ! D’autant qu’au bilan carbone catastrophique généré par son avion personnel et les déplacements de ses groupies, il faut ajouter, et ce n’est pas négligeable, une pollution sonore considérable sur une grosse partie d’Île de France. Elle aurait au moins pu commettre ça, entre deux rave parties, sur un plateau perdu de Lozère ou, mieux encore, en Bretagne, dans les monts d’Arrée. Définitifs !
Ce que l’on ne sait pas à l’heure ou nous mettons en boîte, c’est si le Pape a prévu d’assister à l’une de ces étranges prestations ? Ce qui paraît en revanche certain, c’est que Macron ne sera associé à aucune des cérémonies pontificales. Comme il a déjà mis le grappin sur Mbappé, Léon Marchand, Antoine Dupont, Thomas Pesquet, Donald Trump et le prince Ben Salmane, Saint-Emmanuel-les-mains-jointes pensait s’accaparer le chef de l’église catholique et lui faire signer le livre d’or de ses dix ans de présidence… quasiment parfaits ! Je ne plaisante pas, il avait déjà tout prévu pour sa communication : lui servir de guide à Notre Dame, montrer tout ce qu’au service de Dieu en personne, il avait rebâti quasiment de ses mains, plus vite, plus haut, plus fort. Faut croire que le souverain pontife goutte peu la métaphore sportive, pas plus d’ailleurs que les fastes Élyséens. Car, croyez-moi si vous le voulez - mais vous savez que ce type ose tout - il avait aussi prévu de lui passer au cou une grand’croix de la Légion d’Honneur ! Comme Jean-Pierre Raffarin, Line Renaud et Bernard Arnault ! Sans doute l’homme du Vatican eut beau chercher, il ne se trouva aucune sorte de concordance avec le milliardaire, pas plus d’ailleurs qu’avec ce président clinquant, qui se prétend premier de cordée tout en méprisant ceux qui ne sont rien. Et comme sur cette grand’croix, même Jésus s’était barré, il ne resterait plus dans cette tentative de récupération médiatique, qu'un bide monumental. A défaut, Macron pourra peut-être proposer à Line Renaud qui chantait Ma cabane au Canada, de l’accompagner à l’Aréna où même là ils passeraient sans doute inaperçu, tant les gens ont vraiment tourné la page. A ce propos, la Céline toute fine, a déjà reçu la visite d’Edouard Philippe et de Gabriel Attal ! Ces deux grands fans venant gratter quelques suffrages parmi une assistance dont le bon goût indique qu’elle serait tout à fait capable de commettre de tels votes !
N’empêche que vous pourrez me dire ce qui vous chante - à condition que ce ne soit pas « Et s’il n’en restait qu’une » pitié ! - il est quand même bon, ce Léon ! Je sais qu’il y a parmi vous des anti-cléricaux radicaux, mais un pape franco-américain qui file des camouflets retentissants à Trump et Macron, c’est quand même un sacré bonhomme. Moi, vous le savez aussi et même s'il m'arrive de le regretter, leur Dieu je n’y crois pas. Mais alors pas un seul instant et jamais dans mon existence, malgré la lourde insistance de ma mère. Il a même fallu que ce soir le curé qui lui dise : « Non franchement madame, je ne peux donner la communion à cet enfant ! » Remarquez quelques années plus tard, c’est le principal de mon collège qui en remit une couche : « Non sérieusement madame, je ne peux garder votre fils dans ce collège ! » Une manie ! Et puis, leur histoire de messe sur les Champs-Elysées, cela ne me paraît pas bien sérieux, j’allais même dire catholique, dans un pays qui plus est, très à cheval sur la laïcité au point que le débat se focalise sur l’abaya, la viande Hallal et la pénalisation du voile. Ceux qui ont un peu de mémoire n’auront peut-être pas oublié le tollé qu’avait provoqué, en 2011, la prière de rue de deux cents musulmans à la Goutte d’Or ! Mais ce coup-ci, les Retailleau et Stérin qui aiment tant la République qu’ils envisagent de re-christianiser le pays et de s’engager dans des croisades, n’y trouveront sûrement rien à redire ! Toujours est-il que, depuis que par deux fois le conclave a désigné de vrais humanistes engagés du bon côté, c’est-à-dire avec les opprimés et les démunis, les cathos ne m’ont évidemment pas converti, puisqu’il me manque l’essentiel au milieu de la crèche, mais me permettent d’espérer. Non pas en la résurrection certes, mais en l’excommunication de tous les esclavagistes et colonisateurs, les pédocriminels qui ont sévis par milliers et sur l’ensemble de la planète, ceux de Stanislas et de Bétharram, de Bayrou et puis d’Arnault, Bolloré, Stérin... Céline Dion elle-même, tous ces marchands du temple déshonorant l’Église chaque fois qu’ils y mettent les pieds.
Je repense, pour finir à maman, qui me traitait de païen mais me tenait quand même pour un saint. Tant de choses nous séparaient, elle trouvait Brassens et Brel vulgaires, elle encensait Enrico Macias et Mireille Mathieu ! Voilà déjà six ans qu’elle est là-haut, maman, avec mon Jojo qui lui chante gentiment « Quand je pense à Fernande... » tandis qu’en-bas, moi je suis toujours obligé de supporter son Enrico, crachant ses postillons de haine, vomissant ses derniers neurones sur le peuple palestinien, victime d'un génocide qu’il ose approuver. Mais je ne lui en veux pas - à ma mère - parce que je l’aime encore... |
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