Deux citations de Marc Bloch m’ont interpellées et celle choisie en accroche de cette chronique ne va pas sans évoquer celle attribuée à Karl Marx : Celui qui ne connaît pas son histoire est condamné à la revivre. Tout le monde s’accorde à attribuer à l’historien et Résistants de solides fibres de gauche et cette maxime commune au philosophe, résonne comme un sévère avertissement qu’il conviendrait de mettre à la disposition de tous les esprits quel que soit l'état de leur évolution. Bloch appartenait au réseau de Résistance Franc-Tireur fondé par Jean-Jacques Soudeille, journaliste communiste et dans lequel s’agrégeaient d’autres profils progressistes, juifs, franc-maçons, catholiques de gauche. Je précise que s’il existe bien aujourd’hui une publication qui reprend le nom de Franc-Tireur, il n’en reproduit aucun dessein, ni celui d’une quelconque résistance, ni de la plus infime décence. Fourest et Enthoven, à l’origine de cette imposture, sont ceux-là même dont le jeu politique, médiocre et malsain, consiste à instruire des procès en antisémitisme à ceux qui soutiennent ardemment le peuple palestinien victime de toutes les horreurs possibles et documentées, dont se rend coupable l’État Israélien de l’abominable Nétanyhaou. En sorte que ces gens pleins de haine doctrinale dénoncent sans vergogne ceux qui se battent pour le droit et contre le génocide. Cette inversion des valeurs qui transforme les musulmans en paria pourchassés par ceux dont les parents ont connu les camps d’extermination pour ce que les Nazis appelaient la « solution finale », aurait profondément irrité Marc Bloch. Pour qui justement les aléas de l’histoire et leurs leçons, doivent en éviter la reproduction. Les fondements moraux, l’élévation intellectuelle et les convictions humanistes le situaient exactement aux antipodes de cet enchevêtrement de vilenies. Il me semblait important de resituer les faits dans ce contexte étrange, craignant en outre que le président de la République n’en néglige quelques éléments !
Prétendre que ce moment quasi oecuménique n’en sera dès lors nullement politisé ne serait que sophisme ou angélisme et ce n’est en rien ce vers quoi je tends, puisqu’aussi bien, tout me semble politique. Du reste la seconde citation que j’aurais pu choisir en préambule : Les hommes ressemblent plus à leur temps qu'à leurs pères, ne manquent pas d’évoquer cette Nouvelle France qu’un mouvement et son candidat, toujours bienvenus par ici, ont eux-mêmes remis au goût du jour, non sans provoquer quelques paniques morales dans les vieux carcans de la bourgeoisie et de grandes tirades effarouchées sur la vaste scène d’un théâtre politique qui ne s’est jamais autant apparenté à une manière de Commedia dell’arte. Nous sommes du temps présent, portés ou accablés, suivant ce qui nous détermine, mais libres toujours d’emprunter de nouvelles voies et d’ainsi plus ou moins judicieusement orienter nos vies. Marc Bloch, contemporain d’Alfred Dreyfus, ne fut évidemment pas épargné par les fascistes qui, en France déjà, préparaient la douloureuse parenthèse nazie. Il écrivait : «Je suis juif… (mais) je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite. » Puis d’ajouter : « La France... demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux." Aujourd’hui des millions de juifs, de musulmans, d’immigrés d’un peu partout peuvent reprendre, au mot près, cette belle et puissante profession de foi et d’amour. Elle n’empêcha pas ce brillant écrivain et historien de connaître la fin la plus horrible qui soit, lorsque ayant participé à la réunification des mouvements de Résistance (MUR), il est arrêté et, moins d’un an après Jean Moulin, emprisonné puis torturé dans les sous-sols de la prison Montluc de Lyon, avant d'y être fusillé.
Les voici nombreux à être transférés au Panthéon ! Il s’agirait que cela ne soit pas le seul acte de «bravoure» lourdement chargé de démagogie d’un président pourtant tellement éloigné de ce que fut l’esprit de la Résistance. Nous serons bien loin des échos lyriques de la voix d’André Malraux dans la sombre grisaille de décembre 1964 dont les accents épiques parcourent encore de frissons l’âme de la France. La famille de Marc Bloch, représentée par sa petite fille, s’est émue de l’invitation faite par le président de la République à Marine Le Pen pour assister au transfert des cendres de ses grands-parents - Simmone accompagnera Marc - au Panthéon. Macron n’éprouve plus - il n’en a d’ailleurs jamais éprouvé que sous un angle tactique -, de réserve à l’égard de cette extrême et dangereuse droite. Il a même rendu hommage au « grand soldat » qu’était, selon lui, Pétain. Il le désignait même par son son titre de Maréchal, alors que le chef des collaborateurs a été déchu de tous ses grades en 1945 ! Cet homme n’a pas inventé la honte, mais il aura fortement contribué à en accroître le sens ! Suzette Bloch lui rappelle que le Front National, devenu le RN, a été fondé par des membres de la Waffen SS et des miliciens et que, dès lors, ses représentants n'ont guère leur place en la circonstance. Me faisant l’avocat de ce parti de Diables, je suggérerai à l'aïeule du héros honoré ce mardi 23 juin, de les ignorer, de passer au-dessus de leur propre mesquinerie et du mépris qu’ils nous inspirent.
Et puis, étant donné que, selon la Macronie et les médias unanimes, ils sont entrés dans le champ républicain en même temps qu’en force à l’Assemblée Nationale, peut-être ont-ils cessé vraiment, sincèrement, définitivement, quasi-miraculeusement d’être antisémites ! Ce qui ouvrirait alors de grandes perspectives, celles de les voir cesser vraiment, sincèrement, définitivement, quasi-miraculeusement, d’être racistes et islamophobes ! |
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