Il y eut tant de belles voix, aujourd’hui dissipées, sans lesquelles l’Humanité serait peut-être déjà plongée dans l’obscurité. Celle de Nelson Mandela frappe fort à l’âme, parce que c’est Nelson Mandela et qu’il a traversé le drame qu’affrontent les Palestiniens, sans que ceux-là aient la même chance d’y survivre : « Ne me jugez pas sur mes succès, jugez-moi sur le nombre de fois où je suis tombé et où je me suis relevé... » Victor Hugo, messager du sublime, aventurier des lettres, guérisseur des maux : « Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère. » De Gaulle, le rebelle, refusant l’humiliation, l’abdication, la soumission : « Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple… » Jean Jaurès se dressant comme la justice, seul face à la guerre, offrant sa vie pour défendre celle des autres : « C'est qu'au fond, il n'y a qu'une seule race : l'humanité ! »
Aujourd’hui, l’état de la planète s’avère plus délabré qu’il ne l’a jamais été et il ne s’agit nullement de son économie dont on devrait bien se moquer, mais de son état moral. Sans ces notions essentielles, nourricières, de respect des différences, de partage des richesses, d’équilibre relationnel, le monde court à sa perte. Vu d’ici en Europe, en France notoirement, il semble que le fatalisme, la résignation à l’effacement du droit international, des valeurs humaines, démocratiques - dans leurs sens premier, pas de ce qu’ils en ont fait ! - s’imposent désormais. Incompréhensiblement. L’entendez-vous la voix éraillée, usée, mais ferme et résolue, d’un petit homme, d’un grand monsieur ? Pas si sûr, toutefois ! Si vous êtes branchés sur celle d’un capitalisme pantelant mais aigri, vénéneux, servi en boucle par le cirque médiatique officiel, elle devient faible, presque inaudible et pourtant ! La voix qui s’élève dans le silence d’un monde chaotique sidéré par sa propre lâcheté, est celle de Lula. Le Brésil, c’est loin ! Les micros de France Télévisions et de BFM ne captent pas. Mais Barcelone ! Barcelone ça va ? Alors voici ce qu’il dit : « Aucun président, aussi puissant soit-il, n’a le droit d’imposer ses règles à d’autre pays. Absolument aucun !… Ce qui me dérange c’est le retour de ces empereurs qui se croient maîtres du monde. »
Et pourquoi faut-il que ce soit un vieil homme au fin-fond de l’Amérique Latine et un Premier ministre en Espagne – totalement isolé en Europe - qui viennent s'indigner, s’interposer, seuls ? Osant affronter la démence d’un tyran étatsunien et de son monde, également détraqué ? Croyez-vous que ces deux-là parviendront à libérer la parole des soumis, des péteux, dans le genre de notre hideux président Macron ou de la rampante Von der Leyen ployant sous le poids de la corruption ? Et pourquoi, ce silence, cette soumission, demandais-je ? Le comprenez-vous ? Oui, nous comprenons tous. C’est le monde de la finance, les technocrates de la Silicon Valey et les multinationales qui les tiennent, ces gros flans repus, par la barbichette. Eux, ces politiciens, élus par la force de l’argent et la faiblesse intellectuelle des populations aliénées au confort minable et à la consommation majuscule. En sorte que, voyez-vous - et là j’en referai au fil du temps toute une théorie -, si le monstre hideux, président des États-Unis, menace sans résistance l’équilibre du monde et sa subsistance, c’est d’abord la faute au petit bourgeois de Calais, de Hambourg, de Bergame et de Rotterdam, qui a plébiscité chez lui comme quasiment partout, un libéralisme débile, mercantile et pour finir, servile. Bravo !
Non mais le voyez-vous cet idiot, ce dément, ce salaud, prier dans son bureau ovale avec les évangélistes ; s’endormir le lendemain en pleine conférence ; danser comme un poivrot devant des tribus estomaquées ; broyer la main d’un roi d’Angleterre ; mais évidement pire encore : faire enlever le président d’un État souverain ; affamer toute une population parce que le régime ne lui convient pas ; fraterniser avec le plus grand criminel génocidaire contemporain ; déclarer la guerre à un autre pays qui ne menaçait personne... Vous le voyez ?
Et jusqu’à quand, pensez-vous, allons-nous ainsi accepter non seulement les injustices, les conséquences, mais aussi les humiliations et les risques grandissants qui nous menacent ? Jusqu'à quand allons-nous préférer nous préoccuper de la distribution du pétrole et notre petit plein de voiture, alors que le monde en crève, du pétrole ? Cette aliénation n’est décidément plus possible, d’autant moins supportable qu’elle touche de plein fouet, peut-être plus que d’autres, la France. Laquelle fut un grand pays. Celui des Lumières, des Révolutions et des consciences. Avec de Gaulle évidemment, avec Mitterrand, mais aussi et enfin avec Chirac, elle n’aurait jamais baissé les yeux ni fermé sa gueule devant le spectacle pitoyable de guerres coloniales, racistes et suprémacistes d’un autre temps, menées au Moyen-Orient. Elle aurait été, le week-end dernier, présente comme une évidence à Barcelone, aux côtés de l’Espagne, du Brésil, du Mexique, de la Colombie, de l’Afrique du Sud et de la cinquantaine de pays représentée pour constituer un Front progressiste contre l’Extrême droite qui, de Moscou à Washington, en passant par Tel Aviv et Buenos-Aires, prend ses aises et étend ses ailes de faucon.
Elle n’est décidément plus un grand pays, la France et s’il est une bonne chose à méditer pour l’avenir - si avenir il y a -, c’est qu’il faut impérativement arrêter de voter pour de jeunes énarques cravatés qui n’ont d’autre programme que leur sourire, des paroles en l’air, un culot inouï ! |
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