Vous y étiez, vous, dimanche ? Comment ça où ? Mais à Saint-Denis pardi ! Au premier meeting de Mélenchon 2027. Moi non plus ! Je ne dirai pas que j’aurais rêvé d’y être… mais si, je le dirai ! L’ennui c’est que dans l’Aubrac, les passages de cars pour Saint-Denis sont plus rares que les vols de cigognes et ceux que le groupe d’action de Clermont avaient affrété se trouvaient déjà pleins. En même temps des Auvergnats, ils ont dû compter leurs places...
Bon ! n’imaginez pas que je sois un Mélenchonien de la pire espèce. Politisé, certes, l’ai toujours été. Éprouvant même beaucoup de mal à constater l’état de désengagement, d’inconscience et pour finir d’égoïsme ambiant et environnant. Outre ceux qui réalisent la performance inouïe de s’en foutre réellement - mais qui ont tous la caractéristique de ne manquer de rien et même d’en prendre éventuellement pas mal aux autres -, ceux qui m’exaspèrent autant si ce n’est pire, sont les idiots qui appuient leur démonstration par cette formule qui témoigne d’une intense cogitation : « de toute façon se sont tous les mêmes ! » Je les traite d’ânes sans trop risquer de vous vexer, étant donné qu’aucun d’entre-vous ne s’est risqué sur ces lignes tout en étant accablé d’une telle charge de connerie. Cela concerne ceux qui restent à la porte de ce blog et surtout... qu’ils y restent !
J’ai aimé de Gaulle - et ne le renie surtout pas, même si j’étais encore tout petit -, soutenu Chirac, puis préféré Mitterrand sans réaliser, par manque d’information et de vécu, qu’il s’agissait, pour les deux derniers, de sacrés enfoirés. Surtout le second d’ailleurs, car si le Chirac eut à subir la proximité et le passif du mouvement gaulliste avec les assassins du SAC, Mitterrand s'abîma tout seul. Il incarnait certes une gauche de combat et son image y reste indûment attachée. Mais ce fut d’abord l’étudiant des années trente proche des milieux d’extrême-droite et de l’Action Française, décoré de la Francisque par Pétain lui-même, entrant dans la Résistance au moment où la Collaboration cessait d’être tendance, prenant part à tous les gouvernements de la quatrième République - tantôt à gauche, tantôt à droite -, fervent partisan de la colonisation, artisan de massacres en Algérie et pour compléter l’oeuvre, trahissant tous ses engagements après son élection présidentielle lorsqu’en 1983, il appliqua une politique austéritaire et pro-finance, abandonnant ainsi les communistes sur le bord de la route et faisant le nid de ce que l’on appelait alors le Front National. Parti fasciste créé par ses anciens amis collaborateurs, comme un implacable retour aux sources… de Vichy. Si vous souhaitez le portrait précis d’un socialiste, n’allez pas chercher ailleurs, c’est celui-ci.
Parmi les trois noms évoqués, vous aurez bien sûr remarqué qu’il s’agissait également des meilleurs tribuns de l’époque moderne. De Gaulle avec la force inégalable de son glorieux engagement, Mitterrand avec son talent oratoire et l’audace de ses perfidies, Chirac doté d’un dynamisme et d’un charme antique. Et voici donc que Mélenchon vient, fort probablement, boucler la boucle de mes passions politiques. Depuis qu’il est apparu comme une alternative à une gauche conventionnellement timorée et ambivalente, je n’éprouve pour cet homme que sympathie et considération. Pourquoi ai-je voté Besancenot, Poutou et même, erreur fatale, Hamon, avant de me rallier à sa crinière blanche en 2022 ? Je n’ai pas la réponse. Mais c’est au moins la confirmation qu’il ne s’agit en rien d’un gourou pour moi et qu’il ne l’est d’ailleurs pour personne car ce n’est nullement son mode de fonctionnement. L'accusation formulée par deux journalistes, hostiles et sans éthique, n'en a pas moins été reprise par tous les médias pour le discréditer, comme ils l'ont traité d'islamo-gauchiste, d'antisémite, jusqu'au point de forçer quasiment les français à le détester. Piètre résultat en somme, qui donne tout de même à ne pas complétement désespérer ! Par quel miracle en effet adhère-t-on, au discours d’un homme tellement décrié par ceux qui, détenteur de tous les pouvoirs des médias et de la finance, s'évertuent à le détruire. C'est simple, il suffit de réfléchir et de prendre un peu de distance avec les manipulations de masse. Lorsque Mélenchon dit au mot près ce que l’on pense soi-même et qu'il va plus intensément, profondément, intelligemment vers ce à quoi on adhère, toute autre considération devient caduque. Mais alors, si en plus il y met le ton, la force et le charisme, comment voudriez-vous qu’il puisse en être autrement ? Et finalement si ! De fil en aiguille, à force de conjonctions idéologiques, de passions humaines et de talent sémantique, je suis bien devenu Mélenchonien. Avec le ferme espoir de ne pas finir, dans moins d’un an et définitivement, Mélenchonique...
Bien calé devant mon écran - que je ne regarde qu’en ces rares occasions - sur la chaîne Youtube, j’ai assisté au premier meeting de campagne de la France Insoumise et de son candidat. Comment vous dire ? Sidérant ! La place Victor Hugo entre la basilique des Rois et la mairie de Bally Bagayoko, noire de monde. Et pas que des noirs ! Quelques arabes aussi, bien plus encore des bien blancs, originaires des Ardennes, de Bretagne, de Savoie, de Provence, d’Aquitaine, d’Italie, du Portugal… Des femmes, énormément de femmes et des jeunes, surtout des jeunes, venus célébrer cette Nouvelle France - où l’on ne se préoccupe ni d’origine, ni de sexe, ni de couleur, ni de religion, seulement de fraternité et sororité en humanité - et cette Sixième République tellement attendue et nécessaire, par laquelle on rétablira le dialogue, la justice, l’égalité par la base, c’est-à-dire, résumé en deux mots qui portent tous les autres : le bien commun. Voici des décennies, quasiment depuis ma naissance - et celle de la Cinquième !- que je me demande comment les gens peuvent accepter que des nantis, des héritiers, gagnent dix fois plus, qu’ils changent leurs grosses bagnoles tous les ans, tandis que des malheureux ne parviennent même pas à démarrer la leur pour aller faire les sales boulots et engraisser patrons et actionnaires ? Me voici, à la fin de ma vie rassuré : ils ne l'acceptent plus ! Ils sont ce peuple vivant. Une révolution pacifiste est en mouvement. Dimanche à la tribune de Saint-Denis elle avait aussi le visage d’Annie Ernaux, s’exclamant : « Lorsque j’ai reçu le prix Nobel de littérature on m’a dit : vos parents auraient été tellement heureux et fiers ! Oui, ils l’auraient été, mais je suis sûre que tous les deux, qui vibraient au souvenir du Front Populaire, auraient aussi été heureux de me voir ici aujourd’hui ! » Oui madame, la lutte contre le fascisme relève toujours et plus que jamais d’une manière d’héroïsme. Tout autant que le combat final contre le capitalisme prédateur. Eric Vuillard, prix Goncourt 2017, vint ici sonner la dernière charge avant de laisser Mélenchon conquérir une foule inouïe et même historique (26 000 personnes au bas mot) : « Les patrons ne sont rien dans les constitutions qui fondent la République, leur nom même n’y apparaît pas. C’est le mot peuple qu’on peut lire au front des actes de l’Histoire, le mot peuple est en tête de tous les préambules de toutes nos constitutions... »
Un mouvement sans précédent depuis le Front Populaire a pris naissance dimanche à Saint-Denis, nous n’avons pas le droit de ne pas l’accompagner jusqu’à la victoire. Vous, qui avez la chance d’être convaincus et d’appartenir à cette Nouvelle France humaniste, de prendre une part active à la victoire, ne la laissez pas filer. On dit que nous avons un an pour convaincre trois personnes chacun de voter Mélenchon. Et si vous pouvez en accrocher une quatrième, faites-le ! |
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